L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Les écrivains et l’attrait du ring

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Les écrivains et l’attrait du ring

 

Depuis l’Antiquité, les écrivains se sont intéressés à la figure du boxeur. De Pindare chantant le pugiliste Diagoras à Homère relatant  un combat lors des funérailles de Protocle et Virgile louant le boxeur Pollux en passant par Jack London, Hemingway, Camus, Montherlant, Mailer jusqu’à Kouao N’Zoti dans son premier roman, «Notre pain de chaque jour», tous ont donné une place majeure au personnage du boxeur. Ils sont nombreux aussi, les écrivains qui ont écarté les cordes pour monter sur le ring et vivre l’expérience du boxeur. On peut en citer Hemingway, Jack London, F.X.Toole et Alexis Philonenko, le philosophe spécialiste de Hegel et Kant, qui allait en cachette s’entraîner en banlieue. La boxe attire les écrivains comme la flamme attire les papillons. Pourquoi le noble art séduit-il autant les écrivains ?

 

La boxe est une allégorie de plusieurs choses : la violence, la puissance, l’héroïsme, la solitude ; et est même l’expression abrégée de l’existence. C’est un nœud de thèmes qui offrent matière à la littérature. La boxe, il faut le noter, satisfait  l’appétence de l’homme pour la violence. Quand en 1974 à Kinsasha, lors du «Combat dans la jungle» opposant Mohamed Ali à George Foreman, les spectateurs kinois criaient : «Ali, bomayé !», ce qui veut dire «Ali, tue-le», ils scandaient dans leur langue le même cri qui retentissait autour des rings à Las Vegas et à Madison Square Garden, le même cri qui montait des arènes d’Athènes et de Rome et le même borborygme qui sortait des gorges des hommes des cavernes qui assistaient à la lutte à mort entre deux des leurs. Ce cri qui réclame le sang et la mort, c’est la boxe qui le réveille. Elle excite en nous la partie animale, la bête avide de sang,  que la civilisation et la morale tentent d’étouffer. En fait, le boxeur, par procuration, massacre pour nous l’autre et étanche notre soif de violence !

Par ailleurs, le boxeur avec son corps sculpté par l’exercice physique, son ventre plat de statue grecque, son cou de taureau, ses jambes comme des colonnes et ses muscles puissants et noueux sous une peau lisse apparaît tel une mécanique parfaite sous un corps divin. Il représente le rêve de puissance et de force inaccessible au commun des mortels dans une société où certains trimballent leur bedaine et leur surcharge pondérale et adipeuse comme une croix et où d’autres n’ont que la peau habillant les os. Ces dieux du ring debout dans le faisceau des spots lights, ces titans doués d’une force extraordinaire et de puissance suscitent l’admiration et un besoin d’identification.

Peut-être que  l’intérêt des écrivains pour la boxe est aussi lié à la parenté entre le noble art et l’écriture : pour le style, il en va des boxeurs comme des écrivains. Il y a la boxe brouillonne et fébrile des médiocres, la boxe lourde et meurtrière des tueurs comme Tyson le barbare, la boxe aérienne et épurée d’un artiste comme Ray Sugar Leonard, celle des encaisseurs tel Marvin Hagler, celle dansante de Mohamed Ali et la boxe acrobatique de Naseem Hamed. Mais entre le félin à la patte souple et majestueuse et le fauve tueur avide de sang, le cœur du aficionado balance.

Mais c’est le pari du marquis de Queensbury de faire de la boxe un sport propre qui semble faire aussi l’attrait de la boxe. Il y a une éthique dans la boxe. En 1891, le marquis de Queensbury édicte les règles suivantes : pas de coup en dessous de la ceinture, pas de coup bas ni de coup tordu, on utilise uniquement les poings enserrés dans des gants pour triompher de l’adversaire et les bras pour parer les coups. Deux adversaires pour s’affronter sur un carré de 6 mètres de côté paradoxalement appelé cercle, «ring». Un arbitre veillant au respect des règles pour «que le meilleur gagne». Toutes règles qui, appliquées à notre société, la rendraient plus morale selon Jack London.

Malgré ces règles, qui l’ennoblissent, la boxe reste un sport où, Joyce Carol Oates le dit, «sur le ring violemment éclairé, l’homme joue in extremis un rite atavique, le drame de la vie dans la chair». En effet, la boxe, c’est la souffrance du corps offert aux coups de l’adversaire. Le visage tuméfié, la lèvre éclatée, une arcade ouverte et parfois, sur un coup à la mâchoire ou au foie, le corps  s’affaisse, les bras en croix, vaincu. C’est le K.-O. La boxe réclame le courage, l’exercice de la volonté et l’acceptation de la douleur. Dans notre monde, préférant l’euthanasie à la souffrance, le boxeur devient le gardien de certaines valeurs qui, ailleurs, se délitent.

Et il y a aussi le côté solitude du boxeur. Bien qu’il monte sur le ring sous les vivats de ses supporters et escorté par son entraîneur, son soigneur et quelques amis, il se retrouvera seul quand sonnera le gong. Seul face à lui-même et seul face à son alter ego, il ne peut compter que sur son adresse, ses réserves physiques et psychiques pour venir à bout de son challenger. Joe Louis disait que sur le ring, «on peut courir mais pas se cacher». C’est seul que le combattant va au bout de son destin d’un soir ; il va gravir le Golgotha ou décrocher la lune. Cette image de l’individu tenant son destin au bout de ses poings fait du boxeur une icône de l’individu maître de son devenir. Le self made man cher au monde capitaliste.

Enfin, il y a tout le tragique qui semble accompagner la vie du boxeur. On sait que le boxeur est souvent issu des classes pauvres ou ségrégées et que c’est à la force du poignet qu’il se hisse au sommet de la pyramide et de la gloire. Mais on sait la gloire  éphémère et les lauriers prompts à se faner.  Qui se rappelle Boum-Boum ? Paré ? L’histoire de la boxe est pleine d’anciennes gloires poussées vers la sortie par de jeunes loups et qui remontent sur le ring espérant étreindre la victoire de nouveau, mais qui trouvent la mort au bout des gants. Il y a les éclopés, les loques, les poches trouées, les malades de Parkinson, tous les boxeurs qui ont brillé dans le passé et se retrouvent diminués par les coups reçus ou essorés jusqu’au dernier sou par des organisations maffieuses et qui entendent l’appel des sirènes du ring et rêvent d’un hypothétique retour sur l’aire de combat. Philippe Fusaro raconte dans son livre la mort d'Ernie Schaff, un boxeur interdit de combat par les médecins et qui réussit néanmoins à remonter sur le ring de Madison Square Garden face au géant italien Primo Carnera. Ernie Schaff, qui dit que «ce soir la douleur n’existe pas» et qui ne se relèvera pas du K.-O. et décédera après deux jours de coma. C’est aussi l’héroïne de «One million baby», la plus longue nouvelle du recueil «la brûlure des cordes» de F.X.Toole, une jeune fille qui tombe dans un coma sans rémission après un combat contre une brute russe. Exceptionnellement, il y a ceux qui, malgré l’âge, retrouvent «l’œil du tigre», le feu sacré qui brûle dans le cœur et brille dans l’œil du combattant et l’installe dans un état de grâce. C’est Foreman qui, à 45 ans, revient sur le ring pour des nécessités financières et reprend la ceinture  de champion du monde des lourds à Michael Moorer, qui avait un an quand il remportait la médaille olympique de boxe à Mexico en 1968.

Le boxeur représente les différents archétypes de l’homme et le ring est une métaphore de la vie. Peut-être même qu’il est, malgré la violence qui s’y manifeste,  plus compréhensible et plus humain que la jungle de la vie réelle. Cela explique peut-être l’attrait qu’il exerce sur les écrivains.

 

 Barry Alceny Saïdou

L’Observateur Paalga du 15 novembre 2007

 

Contribution d'un lecteur

 

Suite à l'article "Les Boly, une famille de peintres", paru dans l'Observateur Paalga n°6892 du jeudi 24 mai 2007, je viens par la présente vous donner des éclaircissements sur cette famille de peintres.

Contrairement à ce que vous avez écrit, Hamadoun Boly, l'aîné de la famille, est venu de Côte d'Ivoire en 1994, où il a appris à faire la peinture en bogolan, en teinture, parure et designer bijoux.

Il s'installa à Ouagadougou au Centre national d'artisanat d'art (CNAA) en 1994 et faisait des va-et-vient entre Ouagadougou et son village, Sabcé, dans la province du Bam. Il faisait au moins une semaine ou cinq jours au village, le temps d'apprendre à ses frères ce qu'il sait faire.

Il a commencé à exercer ses frères Aliou, Moussa et Kader. Après quelques mois, il a fait venir ses frères. A leur arrivée, il a inscrit Kader au lycée Dimdolobson. C'est d'ailleurs lui (Hamadou) qui l'avait inscrit au primaire au village en 1986. Ce dernier quitta les bancs en classe de seconde puis rejoignit, lui aussi, le CNAA.

Mamoudou, lui, collait des pneus à la Cité an II chez Monsieur Diallo. C'est en 2000 qu'il a rejoint ses frères au CNAA. Il apprend, lui aussi, la peinture.

Hamadoun était soutenu par son père.

 

Boly Hamadoun

Artiste au CNAA



14/11/2007
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