L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Les éléphants terrorisent les habitants de la commune rurale de Tiéfora

Commune rurale de Tiéfora

Les éléphants terrorisent les habitants

 

Les habitants de Labola, Darmandougou, Fandjora et Kankounadéni, des villages de la commune rurale de Tiéfora, vivent depuis quelques mois dans la hantise. Un important troupeau de pachydermes a élu domicile dans la zone depuis plus d’un an et les dégâts par eux causés méritent, de l’avis de quelques habitants, que les autorités fassent quelque chose.

 

La présence des éléphants dans la zone de Tiéfora a été signalée depuis deux ans. La population croyait alors que ces animaux étaient de passage. Mais depuis quelques temps, les éléphants sont, par bandes, disséminés dans le village. Ils pénètrent souvent dans les concessions. Dès notre arrivée à Labola aux environs de 14 heures ce 4 mai, nous avons rencontré deux dames qui disent qu’en ce moment, les éléphants passent le temps aux bords des points d’eau. Selon elles, c’est au crépuscule qu’ils viennent dans le village, obligeant les gens à rester chez eux. La famille Ouattara du quartier de Koumoussara est la dernière qui a été visitée par ces animaux avant notre arrivée dans le village. C’était le samedi 3 mai, alors qu’il était 19 heures selon les habitants de la cour. Pour le plus âgé de la famille, c’est la première fois depuis qu’il est né que des éléphants se sédentarisent dans le village, et causent autant de dégâts. "Quand nous étions plus jeunes, c’est souvent tôt le matin pendant l’hivernage que des traces nous renseignaient sur le passage d’un éléphant au cours de la nuit. Mais voilà que cette année, tout comme des animaux domestiques, on les croise à tout bout de champ." dit le vieux Ouattara, avant de nous montrer les branches de manguiers "déchirées" par la dizaine d’éléphants qui est rentrée dans sa concession la nuit du samedi. Avant les branches, poursuivit-il, ces bêtes ont mis le mil que nous gardions sur les hangars à terre et l’ont tout mangé. Il y a quelques jours de cela, le berger dont l’enclos jouxte la concession des Ouattara a perdu six bœufs sauvagement tués par les éléphants. A cette occasion, le service de l’environnement de Tiéfora avait été saisi ; mais comme aucune action n’a été menée à part le constat de la mort des bœufs, la population pense que les éléphants sont plus protégés que les hommes. C’est pourquoi disent certains (il s’agit là des plus jeunes), "nous avons depuis quelques temps à l’idée d’organiser une marche vers Banfora pour nous plaindre auprès des autorités en charge de l’environnement. Ces animaux ne peuvent pas continuer à nous terroriser de la sorte". A ce moment, le vieux Ouattara prit la parole comme pour calmer les esprits. Pour lui, il ne s’agira pas d’une marche comme le disent les jeunes, mais plutôt de l’envoi d’une délégation du village pour rencontrer les autorités et leur dire toutes les difficultés que le village connaît depuis que les éléphants séjournent parmi eux. A en croire les dires des habitants que nous avons rencontrés, les villages touchés par le phénomène des éléphants traverseront difficilement la période de soudure. Déjà, des champs de coton au cours de la saison écoulée ont été dévastés, les récoltes pillées et les cultures de contre saison sont saccagées chaque fois que les éléphants traversent les champs.

 

Quand un vieux court à toute vitesse

 

Le vieux Ouattara au cours de l’entretien que nous eu avec lui nous a confié que son chien lui a fait faire une course de vitesse digne de celles des J.O au moment où les éléphants avaient envahi sa concession. Comme de coutume, dit-il, lorsque les pachydermes avancent vers les concessions, nous faisons du bruit en tapant sur les seaux, des cuvettes et de vieilles tôles. Ce bruit a l’avantage de les repousser. Lorsqu'avec mes frères, nous tentions de chasser les bêtes, mon chien, sans rien comprendre a foncé sur les éléphants. Ceux-ci à leur tour ont tenté de le (le chien) prendre en sandwich. A ce moment, le chien a certainement réalisé qu’il y avait plus fort que lui en face. En se sauvant, dit le vieux, il est passé près de moi à une vitesse qui ne m’a pas permis de savoir que c’était le chien. Alors j’ai également pris la fuite. C’est lorsque nous nous sommes retrouvés tous deux dans la maison, le chien et moi, que j’ai su que c’était lui qui courait ainsi. Sinon je ne me serais pas mis à courir de la sorte, vu mon âge.

 

Les pachydermes courent eux aussi des risques

 

L’éléphant est une espèce protégée dans notre pays et tuer un pachyderme expose l’auteur de ce forfait à de sérieuses sanctions. Peut-on prévoir la réaction de ces bêtes lorsqu’elles sont surprises par un passant ? Peut-on savoir quand elles deviennent agressives ? Jusqu’à quand les populations des villages de la commune de Tiéfora supporteront-elles les dégâts que ces éléphants sédentarisés causent ? En tout cas, les habitants de la zone concernée souhaitent vivement que des moyens soient trouvés pour conduire ces animaux en brousse. Nous mourrons de faim si rien n’est fait d’ici un mois car nos récoltes n’ont pas été bonnes, les rares champs entretenus par l’irrigation sont en souffrance et la présence des éléphants nous empêche de commencer les travaux champêtres, dit un homme dans l’assistance.

Dans le mois de mars dernier, un nombre important d’éléphanteaux avait trouvé la mort dans le bas-fond dans un des villages de la commune. Selon certains témoignages, les éléphanteaux se sont hasardés dans un creux plein de boue et s'y sont enfoncés sous le poids de leur masse. Et n’ayant bénéficié d’aucun secours, ils ont été découverts morts. C’est pourquoi, les habitants de Koumoussara pensent que leur zone constitue également un danger pour ces pachydermes.

 

Mamoudou TRAORE

Le Pays du 7 mai 2008



07/05/2008
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