L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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«Les sanctions onusiennes m'ont fait grossir»

Eugène Kouadio Djué (responsable de jeunes patriotes ivoiriens)

«Les sanctions onusiennes m'ont fait grossir»

 

Etoile scintillante dans la galaxie des patriotes, ces jeunes chauffés à blanc par la  rhétorique nationaliste  du Front populaire ivoirien (FPI), Eugène Kouadio Djué dit "le maréchal" passe pour le hussard noir du chef de l’Etat ivoirien. Président de l’Union des patriotes pour la libération totale de la Côte d’Ivoire (UPLTCI), cette redoutable milice qui a sans  cesse défié la communauté internationale pendant la phase éruptive de la crise, ce fils adoptif du président Laurent Gbagbo est aujourd’hui sous le coup d’une sanction de l’ONU.

Bouillant,  grand «tchatcheur» (1) au physique de rugbyman, l’alter ego  de Blé Goudé, cet autre inconditionnel du chef de l’Etat, ne cache pas son pessimisme sur l’issue des accords de Ouaga.

Sur l’origine de la crise, sa conviction n’a pas varié d’un iota : «Le Burkina Faso a servi de base arrière à la rébellion venue de Bouaké».

Dans son maquis, «le Yen», à Yopougon, ce vendredi 15 juin 2007,  Eugène Kouadio Djué, flanqué d’un garde du corps qui ne le quitte jamais, s’exprime «à cœur ouvert».

 

A grands traits, qui est Eugène Kouadio Djué ?

 

Je suis membre fondateur de la FESCI (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire), membre de la Jeunesse du Front populaire ivoirien (FPI) et ancien représentant de ce parti en France  au moment ou j’y étais en études. J’ai un DEA en sciences politiques. Je suis Baoulé, ethnie de l’ancien président Henri Konan Bédié. En 1990, j’ai fait mes premiers pas dans le syndicalisme et dans la politique.

Aujourd’hui, je suis le président de l’Union des patriotes pour la libération totale de la Côte d’Ivoire (ULPTCI), un collectif de 32 associations créées suite à la guerre.

 

En 2006, tu as été sanctionné, de même que l’autre leader des «jeunes patriotes», Blé Goudé, par les Nations unies. Quelle est votre opinion là-dessus ?

 

• Je me sens toujours dans les liens de ces sanctions injustes et injustifiables. Je les ai accueillies comme une sanction contre la jeunesse africaine qui se bat, qui refuse la soumission et l’exploitation de la France et de toutes les autres puissances occidentales. Je les trouve d’autant plus injustes que j’étais en position de légitime défense. Mon pays a été injustement attaqué par des imposteurs…

 

Qui sont ces imposteurs ?

 

• Les rebelles.

 

Qu’entends-tu par rebelles ?

 

• Ecoutez, je ne veux pas entrer dans une polémique sur les définitions, donc sur les auteurs de l’attaque. Mais sachez qu’il y a eu une main de l’étranger. Je ne veux plus revenir sur la question.

 

Mais moi, si. Par «étranger», est-ce que tu fais allusion à mon pays, le Burkina Faso, comme beaucoup de tes compatriotes l’ont fait et peut-être le font toujours ?

 

• Les gens qui ont attaqué la Côte d’Ivoire sont partis du Burkina. C’est indéniable et les faits sont têtus. Si on veut faire revenir la paix, il faut d’abord accepter la vérité. Je ne dis pas que le Burkina a attaqué mon pays. Mais ceux qui nous ont agressés vivaient sur le sol burkinabé. Soit l’Etat burkinabè ne les a pas vus, par négligence, soit il les a vus et a laissé faire.

Dans tous les cas, cela détériore les relations de bon voisinage.

 

Tu es toujours sous le coup des sanctions onusiennes. Est-ce que ta vie en a été affectée ?

 

• Regardez-moi. Je suis devenu un peu plus costaud avec les sanctions, elles m'ont fait grossir. Il n’y a aucun effet sur mon physique. Moralement, je suis devenu plus fort. Mon devoir et ma détermination de combattre l’impérialisme se sont accrus parce que je me suis dit : «Tiens, ces gens nous dénient nos droits, même ceux de nous défendre». Bref, je me suis senti plus fort. Ces sanctions sont, pour moi, inutiles et insipides, car elles portent, d’une part sur  le gel de mes avoirs à l’étranger et, d’autre part,  sur l’interdiction de sortir du territoire ivoirien. L’ONU  n’a même pas cherché à savoir si je dispose de comptes bancaires à l’extérieur. Elle croit me faire du mal, mais il n’en est rien.

Moi je viens de Bouaké et si depuis je n’y avais plus remis les pieds sans que cela m’affecte outre mesure, ce n’est pas une interdiction de me rendre à l’étranger qui me fera du mal. Mon plus grand chagrin, c’est de ne pas pouvoir aller dans mon village de Djabo, situé à 8 km de Bouaké. C’est cette peine qui me pousse à adhérer au processus de paix. Les sanctions de la communauté internationale sont un aveu d’impuissance du voleur surpris qui ne sait plus quoi faire. On nous a assez pillés et aujourd’hui nous menons un combat panafricain contre l’impérialisme. Je t’informe que je suis en contact avec beaucoup de jeunes du Burkina Faso qui épousent notre cause.

Aucune sanction de l’ONU ne pourra nous ébranler.

 

Le médiateur du dialogue direct interivoirien, Blaise Compaoré, était récemment à Yamoussoukro dans le cadre de la première réunion d’évaluation du cadre permanent de concertation (CPC). Que penses-tu des résolutions prises ?

 

• J’ai la nette impression qu’il y a eu un léger recul avec la rencontre de Yamoussoukro. Qu’on décide du retour du haut représentant de l’ONU pour les élections [le Suisse Gerard Stoudmann, dont le come-back  en Côte d’Ivoire n’est pas du goût du camp présidentiel], je ne suis pas fondamentalement contre, mais il faut le dire, cette ONU-là n’a pas à s’impliquer dans nos élections. Partout où elle a eu à intervenir, c’est en tant qu’observatrice. Mais chez nous, on veut qu’elle soit au centre des élections. Je ne suis pas d’accord avec cette décision du CPC. D’ailleurs, les accords de Ouaga avaient supprimé ce poste de haut représentant pour les élections.

Le reste des conclusions de la réunion est bon  à prendre.

 

Maintenant qu’il est prévu le retour du représentant de l’ONU, quelle sera l’attitude des jeunes «patriotes» ?

 

• Notre attitude sera la même que celle que nous avons adoptée jusque-là. Nous ne sommes pas d’accord et on le fait savoir. Il faut que les gens comprennent que l’Afrique est mature et donc peut s’assumer. La preuve, l’ONU n’est pas partie prenante aux accords de Ouaga, mais tout va bien. Elle doit alors comprendre que la Côte d’Ivoire n’est pas un pays sous tutelle. Les Nations unies peuvent revenir, mais pour seulement voir comment se déroulent les élections. Le FPI n’a rien à craindre. Il est un parti de scrutins. C’est par la voie des urnes qu’il est arrivé au pouvoir.

Lorsque le général Guéi, avec ses armées, a voulu refuser le verdict des urnes, c’est le peuple qui est descendu dans la rue pour restituer à Laurent Gbgbo sa victoire. Que le haut représentant de l’ONU vienne. Mais pour uniquement constater.

 

Croyez-vous que la présidentielle pourra se tenir dans le premier semestre 2008 comme cela est prévu par le CPC ?

 

• Je ne suis pas expert en la matière. Mais les élections ne doivent pas être perçues comme une fin en soi. Les votes à venir ne vont pas définitivement marquer la fin de la crise en Côte d’Ivoire. Il faut une bonne préparation avant d’aller aux urnes, sinon nous n’allons pas obtenir les résultats escomptés. Je ne suis pas un accroc des dates, je n’en fais pas une fixation morbide. En Afrique, même en temps normal, les élections aboutissent souvent à des contestations puis à des troubles. N’oublions pas que le pays a traversé cinq ans de crise dont les causes ne sont pas uniquement liées à des questions électorales. Il faut un travail préalable de pacification et de réunification.

 

Tout Abidjan bruit de rumeurs qui font état de querelles entre toi et Blé Goudé…

 

• Qui vous a dit ça ?

 

Dame Rumeur, j’ai bien précisé.

 

• Vos informations sont erronées. Il n’en est rien. Blé Goudé est un jeune frère tout comme Guillaume Soro et Sidiki Konaté [porte-parole des Forces nouvelles], avec lesquels j’ai pratiqué le syndicalisme. Je suis leur aîné et membre fondateur de la FESCI. Dire que j’ai des querelles avec Blé, c’est m’insulter. J’ai plus de 45 ans, donc je ne suis plus au niveau de la  jeunesse.

Voici ce qui s’est réellement passé. On devait se rendre à Bouaké dans le cadre de la réunification. Pour nous, l’opération  concernait tous les mouvements de jeunes qui ont participé à la résistance. Mais à notre grande surprise, nous avons appris un matin par voie de presse que le ministre de la Réconciliation a choisi uniquement le mouvement de Blé Goudé. Celui-ci n’est pas le leader de tous les mouvements de jeunes. Il ne dirige que l’Alliance de la jeunesse pour le sursaut national et un autre qui est la COJEP.

Mais avec l’appellation superflue et ronflante de «président des jeunes patriotes», la presse a fait passer Blé pour le leader des jeunes «patriotes». C’est faux.

 

Est-ce que ce n’est pas plutôt la Première Dame qui l’a imposé ainsi ?

 

• On peut le lancer, mais pas l’imposer aux autres. Beaucoup de jeunes «patriotes» ne se reconnaissent pas en Blé Goudé.

 

Quelles sont vos relations personnelles avec le président Gbagbo ?

 

• Si vous le demandez au président Gbagbo, il vous dira que je suis son fils aîné. En 1990, lorsque le vent de la démocratie a commencé a soufflé sur la Côte d’Ivoire, j’ai été le seul jeune qui était proche de celui qui est aujourd’hui président de la République. J’ai été rejeté pour cela par mes parents, qui sont Baoulé du Centre [le chef de l’Etat est, lui, de l’ethnie Bété]. Alors, Gbagbo m’a accueilli et m’a envoyé étudier en France à partir de 1994. Mes relations avec lui sont celles qu’il y a entre un père et son fils.

Nous discutons souvent dans sa chambre. Chaque jour, il s’enquiert de mes nouvelles [il montre un appareil de communication qui le relie directement au président]. On ne peut pas faire une semaine sans se voir.

 

Te consulte-t-il souvent sur certains dossiers ?

 

• Avant de prendre certaines décisions, il demande mon avis. Depuis 1990, nous travaillons ensemble.

 

Entretien réalisé par

Alain Saint Robespierre

L’Observateur Paalga du 27 juin 2007

 

 

(1) : Beau parleur



27/06/2007
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