L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Livre et réussite sociale au Burkina

Livre et réussite sociale au Burkina

 

Moyen d'acquisition de connaissances,  la lecture est le sujet sur lequel P. de Thom Ilboudo, l'auteur des lignes suivantes, a choisi de construire sa réflexion. Sans renier à la télévision et à la radio la diffusion du savoir, il insiste sur la primauté du livre et de la lecture, en n'oubliant pas le rôle de promoteur de l'Etat. Pour lui, le livre est au début et à la fin de l'information, de la communication à travers le temps et l'espace.

 

Nous sortons à peine de la période des examens scolaires avec son cortège de joies et de peines, de rires et de pleurs. Les candidats qui ont vu en l'école un lieu d'apprentissage, d'acquisition de savoirs ont naturellement réussi, et ceux qui ont vu en elle rien qu'une boîte postale, un uniforme, un visa pour se pavaner ont, en toute évidence, échoué spectaculairement, et personne n'est dupe de leurs pleurs. Qu'à cela ne tienne, cette situation constitue une opportunité pour nous de relancer la réflexion sur l'intérêt de la lecture et sur la place qu'elle occupe dans la politique de notre Etat, car nul n'ignore aujourd'hui que la lecture est mère du succès.

La lecture, on le sait, est un moyen d'acquisition de connaissances. Elle est ce moment intime qui lie, soit une personne à un personnage, dans le cas des fictions, soit une personne à une autre , lorsqu'il s'agit d'un texte d'idées par exemple. Quoi qu'il en soit, la lecture est on ne peut plus importante, aussi bien pour les scolaires que pour les non scolaires.

 

De l'importance de la lecture

 

Si nous partons de l'idée qui soutient que la pensée est ce qui distingue l'homme des autres animaux qui peuplent la planète, ce serait un truisme, une lapalissade de dire que la lecture est importante. En effet, que la lecture développe la pensée est une idée qui fait l'unanimité. De là, même si nous n'irons pas jusqu'à dire que moins on lit, plus on est proche de l'animal, l'idée que plus on lit, plus on est loin de l'animal nous paraît plausible. Si la lecture à elle seule ne peut pas humaniser l'homme, elle y contribue dans une grande proportion.

Certes, on a dit que certaines lectures abêtissent l'homme, et on a tous à l'esprit l'exemple de Don Quichotte, ce personnage de Cervantes, dont la vie fut détruite, on peut le dire, par la lecture. Mais, n'est-ce pas que la plupart des conséquences fâcheuses de la lecture sont imputables à la faiblesse d'esprit des lecteurs qui en sont victimes ? Si nous prenons le cas du cinéma, tous peuvent se rendre compte que nous n'avons pas les mêmes réactions à l'issue de certains films, de fiction notamment. Si d'aucuns retiennent la leçon de courage et de détermination du héros, d'autres, les faibles d'esprit, veulent, d'un coup de main, faire tomber un arbre, à l'image de ce qu'ils ont vu à l'écran. Ce n'est pas surprenant alors que ce soit les enfants qui se brisent les phalanges, et non les adultes. Devrait-on pour cela bannir les films de fiction d'arts martiaux de la télévision, ou les taxer d'être sans importance ? Que nenni !

La lecture est d'une importance capitale, voire déterminante pour les scolaires. Le professeur, à travers ses interventions quotidiennes, dresse un vase vide que l'élève devrait remplir. Et ce vase, il ne pourra le remplir que par la lecture. Un professeur, quels que soient ses talents et l'étendue de sa mémoire, ne peut en cinquante-cinq minutes amener le brillantissime élève à cerner tous les contours d'un phénomène, d'un événement, d'un concept, etc. Le professeur fraie la piste, à l'élève de se laisser guider par cette piste pour choisir les ouvrages et se livrer à une fouille thématique minutieuse. Il comprendra le phénomène, en principe mieux que les apprentissages fournis par l'enseignant. N'est-ce pas que lorsqu'on porte quelqu'un sur ses épaules, c'est pour qu'il voie plus loin que nous ? Si la vision de l'élève se borne à celle de son enseignant, l'humanité patine. Ecouter un maître, même excellent, ne suffit pas à former l'esprit; il faut la réflexion, la méditation. Le rôle du maître est de fournir des cadres bien construits, que le travail personnel devra ensuite remplir. Toute réflexion solide est, avant tout, réflexion sur la pensée des grands auteurs. Or ces grandes pensées sont consignées dans les livres ; d'où la réflexion d' André Maurois selon laquelle «l'histoire serait peu de chose si elle était réduite aux faits et aux idées que le maître peut exposer en un petit nombre d'heures. Elle deviendra une grande leçon de vie si l'étudiant, conseillé par le maître, va chercher dans les mémoires, dans les témoignages, dans les statistiques la matière même de l'histoire». Il est indéniable aujourd'hui par exemple que lire le Contrat social de Jean- Jacques Rousseau, une œuvre du XVIIIe siècle, éclaire sur la démocratie, en vogue dans nos pays. Ce qui est vrai de l'histoire l'est aussi de l'économie politique, de toutes les sciences, de toutes les techniques. Nous en voulons pour preuve le fait qu'aucune démarche pédagogique qui  se veut  efficiente ne peut se mener de nos jours sans référence à des ouvrages émanant de noms comme CLAPAREDE, ROUSSEAU, LEIF, PIAGET; BLOOM, ...Voilà pourquoi la bibliothèque est le complément de l'école, de l'université. Elle en est l'auxiliaire privilégié.

Il est établi qu'un élève qui lit a trois fois plus de chance de réussir. Pour avoir eu l'honneur d'enseigner pendant huit ans, puisque nous sommes professeur certifié de formation, nous sommes à même de dire que ce constat est d'une remarquable pertinence, tant les exemples dans notre pays sont légion. Une ville comme Léo a égrené de piètres résultats au BAC avant de connaître une amélioration depuis 2004. On notera au passage que la bibliothèque de cette ville est effectivement fonctionnelle depuis 2003. Au début de la décennie 90, le lycée provincial de Boromo fut contraint de fermer son second cycle au vu de la faiblesse du rendement au BAC. Les élèves furent transférés aux lycées provincial et municipal de Koudougou. Le manque d'enseignants y était pour beaucoup certes, mais nous constatons que cette ville a, à la fin des années 90, eu l'opportunité d'abriter un CLAC (aujourd'hui CELPAC). Le second cycle, qui, entre- temps a été rouvert, fonctionne convenablement et connaît un taux de succès au BAC qui est au-dessus de la moyenne nationale. Quoiqu'il en soit, cet établissement connaît aujourd'hui un rendement beaucoup plus enviable que celui qu'il connaissait jadis. Comment ne pas y voir l'empreinte de la bibliothèque? La relation de cause à effet n'est pas si évidente, nous en convenons, mais tout cela montre, si besoin en était encore, que la lecture peut avoir un effet dopant sur le rendement scolaire. Les connaissances purement livresques peuvent égarer, vu qu'il y a souvent la mer entre elles et la réalité ambiante, mais conjuguées avec ce qu'on entend, voit et vit, elles font de l'individu un homme au feu sacré.

Fort de cela, comment pouvons-nous nous empêcher d'inviter les élèves et étudiants qui ont connu des résultats peu satisfaisants et peu reluisants au terme de cette année scolaire à faire de la lecture une pratique courante. Ils s'amélioreront de façon significative. On n' en a jamais assez de lire. Le tout est d'y mettre de la modération comme dans toute pratique. Nul doute qu'il existe des lectures inutiles, mais la lecture, elle, n'est jamais inutile.

Cette importance est encore plus capitale pour la vie postscolaire. Dans ce monde contemporain qui porte le seing de la démocratie, remplir ses devoirs avec conscience passe nécessairement par une information continue qui devrait s'étaler toute la vie. Comme d'aucuns l'ont dit, le monde ne s'arrête pas le jour où l'on sort de l'école. L'histoire continue de se construire et pose des problèmes nouveaux qui engagent le sort de notre espèce. Ces problèmes, parce qu'ils sont nouveaux, n'ont évidemment pas été pris en compte par nos maîtres, au temps où nous étions sous leur tutelle. Alors, «comment prendre parti, comment défendre des thèses raisonnables, comment s'opposer à de criminelles folies si l'on ne connaît pas les questions ?» Personne ne veut accepter d'être un pion qu'on déplace sur un échiquier au gré des humeurs. On comprend aisément alors la course effrénée à l'information, qui caractérise les ambitieux de ce monde, et l'honneur et la grandeur qu'il y a à le faire. Seule la lecture permet à l'homme de se cultiver avec efficience, et d'avoir son mot à dire dans les grands débats de son entourage.

 

La télévision tâtonnant, la radio nationale ayant réduit ses distances, le salut est dans le livre au Burkina

 

Nous n'ignorons pas que des médias comme la télévision et la radio constituent de puissants moyens d'éducation, de formation pouvant suppléer le livre, voire le supplanter.

Mais dans le contexte burkinabé, compter sur ces médias pour se former est une chimère. Il est même plus facile de  sécher de la neige au four et de la vendre que de compter sur nos deux grands médias sus-cités. Le problème ne réside pas dans la qualité des émissions que nous trouvons du reste riches, pour peu qu'on se montre peu exigeant. Le problème, le vrai, est pour la télévision le non- respect du programme annoncé. Il n'est pas rare de voir une émission passer trente minutes après l'heure annoncée, ou ne même pas passer du tout, sans aucune explication ou excuse du service des programmes à l'endroit des téléspectateurs. Cela décourage plus d'un. En dehors du journal et des télénovela, rien n'a une heure fixe. Pourtant, ces télénovela, faut-il le dire ici, n'ont pas la vocation de former les téléspectateurs, mais de les déformer. Quant à la radio, son problème réside dans sa portée, disons dans sa non-portée. Tout le monde sait que depuis qu'elle a réduit ses distances (réduire les distances, dixit elle-même), on ne l'entend plus au-delà d'un rayon de vingt-cinq km de Ouagadougou.

Il appert de ce qui précède que le citoyen des provinces, pour s'informer, se former, s'éduquer, doit recourir aux journaux, aux livres. Un livre se domicilie à loisir.

 

Le rôle de l'Etat burkinabè

 

Une chose est de percevoir l'intérêt de la lecture, une autre est de pouvoir lire. Pouvoir lire suppose certes la possession de l'alphabet, mais aussi la disponibilité et la proximité du livre, et cela, on peut dire que l'Etat burkinabé l'a compris et en a fait une préoccupation.

Nous en voulons pour preuve le regain d'activité autour du livre depuis l'entame de l'année 2007. Selon nos informations, vingt-neuf Centres de lecture publique et d'animation culturelle (CELPAC) sont fonctionnels à travers tout le pays, et ce nombre passerait à cinquante en 2008. Leur vocation serait de mettre à la disposition des populations de nos communes, toutes classes sociales confondues, des livres adaptés à leurs milieux, à leurs besoins et âges respectifs. Pour une fois qu'une entreprise du genre ne concerne pas uniquement les grandes villes comme Ouagadougou et Bobo, et s'étend à de petites et moyennes villes, à l'image de Yalgo et de Garango, de simples communes rurales, nous ne pouvons que nous réjouir.

Nous nous en réjouissons d'autant plus que du 17 au 21 juin dernier, quarante animateurs bibliothécaires ont reçu une formation en bibliothéconomie, initiée par le ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication, et exécutée par le Centre national de lecture et d'animation culturelle (CENALAC), la structure centrale des CELPAC, basée a Ouagadougou. Cette formation qui a eu pour cadre Ouahigouya  a été l'occasion pour les potentiels animateurs, venus des quatre points cardinaux de notre pays, d'acquérir des notions fondamentales comme la classification DEWEY, la cotation des ouvrages, le rapport mensuel, la tenue de l'échéancier, etc. Nous osons croire qu'une telle entreprise ne s'arrêtera pas en si bon chemin. La lecture est si noble et si bénéfique qu'elle ne doit pas être l'apanage des citoyens des grandes villes. Partant de cette considération, nous saisissons cette opportunité pour encourager monsieur Boniface Gninty Bonou, Directeur général du CENALAC, et son équipe, et leur exprimons notre reconnaissance pour leur détermination à réussir cette mission combien difficile mais noble de par ses objectifs. La mission est parsemée d'embûches, nous n'en doutons point, mais la joie et l'épanouissement des lecteurs que nous sommes leur feront oublier leur douleur, et panseront leurs plaies.

Notre démocratie en sortira grandie, car la plupart des querelles que nous connaissons sont dues à l'inculture des citoyens. Ignorer ses droits et devoirs engendre de vaines discussions et crée parfois l'insubordination. Au ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication, et à ses partenaires nous tirons notre chapeau. Il est de fait cependant que plus on donne, plus on en demande. Alors, que le ministre Filippe Sawadogo enregistre notre vœu de voir toutes les communes du Burkina dotées de centres de lecture. D'ailleurs, pourquoi pas 8 000 villages 8 000 bibliothèques ? L'importance de la lecture le justifie. Sir John Gerschel, inaugurant en 1833 la bibliothèque publique d'Eton, ne disait-il pas que : «Donnez, à un homme le goût de la lecture et les moyens de le satisfaire, et vous ne pourrez manquer de faire de lui un homme heureux... Vous le mettrez en contact, à chaque moment de l'histoire, avec les hommes les plus sages et les plus spirituels, les plus tendres, les plus braves et les plus purs qui aient orné l'humanité. Vous ferez de lui un citoyen de toutes les nations, un contemporain de toutes les époques» ?

 

Presse écrite, cinéma et télévision, d'accord, mais le livre encore et toujours

 

Pour finir, nous relevons que l'homme se cultive par l'effort intellectuel qu'il fournit dans le but de favoriser l'épanouissement de toutes ses qualités. Autrefois, l'homme se cultivait par la réflexion sur son expérience personnelle et par la confrontation avec les enseignements des livres. Le monde moderne lui offre des moyens supplémentaires que sont la presse écrite, le cinéma, la radio et la télévision.

La presse écrite, dont le rôle est d'informer, introduit l'homme dans une connaissance de faits ou de problèmes nouveaux pour lui. Un de ses mérites est de donner la possibilité à tous les hommes de participer à la vie publique.

Le cinéma n'est pas seulement un moyen de libération ou d'évasion ; il permet aussi de s'informer, de s'instruire, de réfléchir.

La télévision, cumulant les avantages du cinéma et de la radio, transporte l'inconnu à domicile.

Mais le livre reste, par sa nature, un incomparable instrument d'information, de communication à travers le temps et l'espace, de culture et d'information.

 

P. de Thom Ilboudo

Tél. : 78 81 74 69

E-mail : leprofilparfait@yahoo.fr

L’Observateur Paalga du 5 septembre 2007



05/09/2007
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