L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Mesures gouvernementales contre la vie chère sont un coup d’épée dans l’eau

Mesures gouvernementales contre la vie chère

Un coup d’épée dans l’eau

Face à la flambée des prix des produits de première nécessité, qui a entraîné le renchérissement du coût de la vie dans notre pays, l’Etat a réagi en supprimant les taxes sur lesdits produits pour une période de 6 mois. Malheureusement, cette mesure n’a pas pu tenir la bride au déchaînement des prix même dans les boutiques dites témoins. Les consommateurs et les commerçants vivent dans l’anxiété et attendent un secours du gouvernement, qui, certainement, n’a pas vidé tout son carquois. Nous avons fait un tour dans les boutiques le 13 mai 2008.

Yaa yellé ! ou quand l’ouragan "flambée" frappe de plein fouet. Tel est le titre d’un reportage sur les produits de première nécessité, publié dans notre livraison du 6 février 2006. A l’époque, le sac de 50 kg de riz se vendait à 14 500 F pendant que l’huile, le savon, le sel, pour ne citer que ces produits de grande consommation, avaient atteint des prix de niveau inégalé de mémoire de Burkinabè.

Pour adoucir le choc dans un contexte de libéralisation des prix, l’Etat a supprimé les taxes sur l’importation de ces produits indispensables à la survie des populations. Le 10 mars dernier, l’Etat a suggéré des prix aux commerçants à la lumière des taxes renoncées.

Entre autres prix, on peut citer 13 600 FCFA pour le sac de 50 kg de riz indien avec 25% de brisures et 13 700 F pour 100% de brisures, 750 F pour le litre d’huile, 150 F pour le paquet de 200 g de pâtes alimentaires Pastani, 139 F pour le savon n°1 de SN-CITEC, 268 F pour le n°2 et 602 pour le n°3.

Face à la difficulté de faire respecter ces nouvelles tarifications du fait de la libre fixation des prix, le ministère du Commerce, de la Promotion de l’entreprise et de l’Artisanat a dressé une liste de boutiques témoins dans les principales villes de notre pays, laquelle liste a été publiée dans les journaux, dont l’Observateur Paalga le 17 avril 2008.

De grands importateurs de riz, à l’image de Kanis International, ont emboîté le pas à l’Etat pour publier dans les journaux des prix qu’ils pratiquent en conformité avec les mesures gouvernementales. Les prix sont-ils de nos jours comme l’a souhaité l’Etat ?

La réponse, est de toute évidence, non au grand désarroi des consommateurs, qui assistent impuissants à la valse des étiquettes de jour en jour.

L’auteur du papier précité aurait dû titrer "Yel keten wata" qui signifie "le pire est à venir". Le 17 avril dernier, le ministère, au regard de bien de contraintes, a publié une autre tarification on ne peut plus majorée : riz pakistanais : 25% brisure, 15 800 FCFA ; riz thaïladais : 25% brisure, 14 950 F et le riz vietnamien à 16 850 F.

Des boutiques témoins de rien

A Nabi yaar, sur les étals d’Abdoulaye Imma, le kilogramme de riz oscille entre 400 et 500 F ; nous avons constaté les prix suivants : la boule de savon n°1 de SN-CITEC, 200 F CFA (contre 150 F il n’y a pas longtemps), le n°2, 325 F (225 F avant) ; le savon BF, 325 F (250 F avant) ;

le carton de 40 paquets de pâtes alimentaires, 7250 F et le paquet de 200 g, 200 F ; 1 kilo de brisure ou de long grain, 400 F ; 1 kilo du riz américain USAID, 500 F. Ce n’est pas sans donner quelque scrupule à ce commerçant :

"Je suis peiné de vendre à ces prix. Il arrive qu’un client rebrousse chemin après s’être renseigné sur le prix d’un produit. J’avais décidé entre-temps d’arrêter de vendre, car je ne supporte pas les soupirs des clients, mais pour le moment, je n’ai rien trouvé d’autre à faire", nous a-t-il confié, mélancolique.

Son voisin, qui a requis l’anonymat, dit être animé par les mêmes sentiments en vendant le litre d’huile de coton à 800 F et le Dinor, qui se vendait récemment à 700 F à 1200 F.

Kortimi Rabo, vendeuse de farine de maïs, nous indexe les légumes en ces termes : "Vous voyez, il y a de la tomate et des oignons à prix acceptables, mais avec quoi va-t-on préparer ? Le plat de farine coûte maintenant 750 F contre 500 F, il y a quelque temps, comme le riz, le maïs a une tendance haussière. Où allons-nous ?"

Les femmes qui livraient les produits dans les marchés et faisaient payer leurs clients à tempérament, le "Taagraogo" comme on le dit, ne font plus de bonnes affaires comme nous le dit Aminata Ouédraogo : "Vu la cherté des produits, nos articles ne sont plus achetés par les clients et même s’ils le font, c’est la croix et la bannière pour se faire rembourser". Cet autre fleuron du secteur informel se meurt donc.

Le revendeur Moumini Ouédraogo non loin de la grande mosquée ne nous a pas caché son amertume : "Quand l’Etat charge les commerçants, c’est à ne rien comprendre, nous vendons toujours en fonction du prix de revient.

Prenez simplement l’exemple du riz américain, qui nous est donné gratuitement et étiqueté USAID, c’est le plus cher ; le sac se vend à 22 500 F et les autres riz ne peuvent pas être vendus à moins de 19 000 F quelle qu’en soit la variété, et le commerçant ne peut pas réaliser un bénéfice de plus de 250 F sur chaque sac.

Le lait en poudre de 25 kg est vendu à 66 000 F, tout cela à cause des taxes dont on nie la réalité. Savez-vous que sur chaque tonne de riz, il faut payer 10 000 F ? Si je connais une seule boutique témoin qui peut vendre en dessous de ce que j’ai indiqué, je n’hésiterais pas à y aller, puisque je suis un revendeur qui cherche du profit.

Si l’Etat veut changer les choses pour alléger la souffrance des populations, il faut une subvention digne de ce nom". Du 10 au 13 mai, le bidon de 20 litres d’huile raffinée de coton est passé, selon lui, de 15 500 à 16 500 F et atteindra dans cette dynamique 17 500 F dans les jours à venir.

Les boutiques témoins ne sont que des témoins de l’impuissance. Consultant leur liste publiée, nous nous sommes rendus à la boutique de Petrofa-Bataille du rail et aucun grain de riz n’y a été trouvé. On nous explique qu’il y a depuis quelque temps une rupture de stock. Joint au téléphone, un de SICOM Burkina nous confie que le sac de riz super est vendu à 18 250 F.

A la boutique de Tamboura Harouna, propriétaire d’une boutique témoin, on nous indique au bout du fil qu’ils ne vendent pas au détail et que la tonne du riz chinois est passé à 357 500 F. Ceux qui veulent rapidement chauffer la marmite ne peuvent donc pas passer là-bas.

A Kanis Internationale, le grand importateur de riz Inoussa Kanazoé nous fait remarquer que les prix de riz après les mesures du gouvernement ont changé au moins 5 fois.

Mais il ne nous en dit pas plus en nous conseillant de contacter l’inspecteur Lingani, dont il nous a communiqué le numéro. Mais ce dernier, que nous avons joint, a dit n’être pas disponible pour hier, car beaucoup bousculé. On peut en conclure que les fameuses boutiques témoins ne sont, pour le moment, témoins de rien, même si les propriétaires ont voulu montrer un exemple de citoyenneté.

Vers qui irons-nous face à ce coup d’épée dans l’eau du gouvernement ? Prions avec le frère en Christ Tertius Zongo pour qu’il trouve la meilleure formule. Rien n’est impossible à celui qui croit ! N’est-ce pas ?

Abdou Karim Sawadogo

L’Observateur Paalga du 14 mai 2008



14/05/2008
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