L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Mobilisation des Sankaristes le 15-Octobre : Feu de paille ou vrai départ pour des victoires électorales ?

Les Mercredis de Zoodnoma du 24/10/2007

 

Mobilisation des Sankaristes le 15-Octobre

Feu de paille ou vrai départ pour des victoires électorales ?

 

Cette année, la célébration du 15-Octobre aura connu une mobilisation à nulle autre pareille de la part des Sankaristes toutes obédiences confondues. En effet, jamais autant de monde n'avait été rassemblé pour célébrer l'anniversaire de la fin tragique du chef de la Révolution burkinabè, Thomas Sankara ; jamais non plus les Sankaristes n'avaient paru aussi unis.

Tant et si bien que l'on peut se demander avec raison si cette mobilisation et cette unité sont comme la rosée qui va s'évaporer dès la première difficulté ou si elles constituent le point de départ définitif des Sankaristes vers des victoires massives.

 

La question mérite en effet d'être posée et une réponse est à esquisser, car depuis le 15 octobre 1987, les disciples de Thomas Sankara se sont plus illustrés par leur division que par leur souci de coordonner leurs actions après s'être entendus sur l'essentiel. C'est ainsi qu'ils ont été vus se chamailler pour des broutilles, se diviser pour des raisons idéologiques et politiques mal fondées, se quitter sur la base de questions subjectives et se séparer à cause des différences de stratégie et de tactique.

Plusieurs fois, ils ont tué l'âme et la mémoire de leur idole en adoptant ces comportements tout à fait indignes de gens qui disent être ses héritiers.

Certes, cet état de fait n'est pas seulement d'origine interne, mais trouve aussi des explications externes à cause d'adversaires qui, et c'est de bonne guerre, font tout ce qui est en leur pouvoir pour affaiblir la mouvance sankariste. Cependant, la responsabilité incombe d'abord aux Sankaristes qui, soit commettent des erreurs d'analyse, soit prêtent le flanc.

Certes, les réalités socio-économiques du Burkina Faso ne rendent pas aisées les tâches de ceux qui ont choisi de se battre pour conquérir démocratiquement le pouvoir et de jouer ainsi le rôle de contre-pouvoir et d'alternative pour le peuple.

Convenons-en, ce n'est point une sinécure ; c'est un sacerdoce dont on paie nécessairement le prix sur les plans psychologique, familial, social, financier et matériel. Mais comme tout choix, il faut être prêt à en assumer toutes les conséquences. C'est dire qu'en dépit des explications de tous ordres, la désunion et l'éparpillement des Sankaristes ne peuvent se justifier en aucune manière. Tout au plus, peuvent-ils bénéficier de circonstances atténuantes.

Aujourd'hui, la conjoncture économique et les maux qui traversent la société donnent à penser que la soif de justice et de démocratie des laissés-pour-compte peut être étanchée par une remise au goût du jour des convictions de Thomas Sankara. D'où la mobilisation. Cependant, deux autres choses ont contribué à cette mobilisation ; il s'agit du mythique 20e anniversaire de la mort de Thomas Sankara et du non moins mythique retour de Mariam Sankara au Burkina après vingt (20) ans d'exil volontaire. Maintenant que l'anniversaire appartient irréversiblement au passé, plus d'un Burkinabè est impatient de voir le visage que les Sankaristes vont présenter à l'opinion. Si, comme ils le disent, janvier 2008 voit l'unité organisationnelle devenir une réalité, ce serait tant mieux pour eux et (peut-être) pour le Burkina qu'ils aspirent à diriger.

 

Des doutes qui ne mettent pas le pouvoir à l'abri de mauvaises surprises

 

Avec ce qui s'est passé au sein des Sankaristes depuis 1987, il n'est permis de jurer de rien quant à leur volonté et à leur détermination à s'unir. De même, il faut attendre de voir si, dans la pratique, ils peuvent y arriver. S'ils se sont mis d'accord pour chasser le naturel, ils se doivent de demeurer vigilants pour qu'il ne revienne pas au grand galop.

Cela étant, le pouvoir aurait tort de négliger la donne sankariste pour des raisons qui tiennent à ceci :

- Quand bien même leur poids électoral serait, (pour l'instant ?), négligeable, leur rang, lui, ne l'est pas. B. Stanislas Sankara de l'UNIR/MS s'est classé deuxième lors de l'élection présidentielle de 2005 et son parti troisième à l'issue des élections législatives de cette année. Ce qui signifie que la mouvance sankariste en général a un potentiel électoral non négligeable.

- Les manifestants du 15 octobre 2007 n'étaient pas des badauds venus voir Mariam Sankara, mais des militants convaincus (peut-être pas pour le moment convaincants) dont certains sont venus de lointaines provinces. Or, au sein de ceux qui ont participé aux manifestations du camp présidentiel, on trouve beaucoup de gens motivés plus par les gadgets (casquettes, tee-shirts, etc., les pagnes et tout ce qui leur tombe sous la main. Les Sankaristes défendent ainsi une cause tandis que les autres cherchent à se sortir des nécessités matérielles.

- La fermeture des classes le 15 octobre 2007 est une preuve qu'il y a une perpétuation de la mémoire et des credo de Thomas Sankara. Tant et si bien que tel un continuum, les générations d'élèves qui se succèdent sont soit "endoctrinés" par les Sankaristes, soit convaincus au hasard de leurs fréquentations, de leurs lectures et de leurs causeries. Quand le 15-Octobre était chômé et payé, il n'y avait pas besoin de fermer les écoles. De nos jours, cela n'étant plus le cas, la réalité est plus perceptible.

- Les journalistes ont été plus attirés par la commémoration de la mort du président du Conseil national de la révolution (CNR) que par les activités entrant dans le cadre de la renaissance démocratique. Si fait que l'écho national (médias privés notamment) et international du premier événement était de loin supérieur à celui du second. Or, s'il est admis de tous que les médias changent difficilement les convictions du public, ils confortent assez aisément leurs croyances.

Il devient assez évident dans ces conditions (même si l'évidence n'est pas nécessairement un bon critère dans la recherche de la vérité)  que les Sankaristes ont gagné leur pari sur le double plan de la mobilisation de leurs troupes et du raffermissement de leur volonté à poursuivre le combat. De même, ils gagnent en maturité en essayant de théoriser, de formaliser et de "doctrinariser" le discours sankariste. Nous sommes de ceux-là qui avaient en effet regretté que ce discours qui était celui d'un praticien (et non d'un théoricien) de la politique n'ait jusqu'à présent pas été systématiser ; alors que les Sankaristes regorgent de compétences et de capacités pour le faire.

Stratégiquement plus futés, tactiquement plus réalistes, organisationnellement plus méthodiques et théoriquement mieux outillés grâce à la formalisation en cours de la pensée de Thomas Sankara, les Sankaristes pèseront de plus en plus dans l'arène politique. Cela peut plaire ou déplaire, arranger ou déranger, mais c'est la démocratie burkinabè qui en sortira grandie. Nécessairement. Il ne tient qu'à eux de vouloir que l'expérience du 15 octobre 2007 soit un feu de paille ou le prélude de plus grandes victoires électorales.

 

Z.K.

L’Observateur Paalga 24 octobre 2007



24/10/2007
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