L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Mœurs bafouées par des cléricaux et des coutumiers

Mœurs bafouées par des cléricaux et des coutumiers

Les signes d’une société qui perd ses repères

Un imam qui entretient des relations coupables avec la femme du muezzin, un pasteur qui mène une double vie conjugale, un prêtre catholique se conduisant en Don Juan, un responsable coutumier qui exerce des droits de cuissage sur la femme de son covillageois : tels sont les inconduites auxquelles les Burkinabè ont eu droit ces derniers jours ; certaines ont été relatées par les médias, d’autres pas ; ce qui n’enlève rien à leur gravité.

 

Le constat que l’on fait de cette situation est simple : toutes les confessions religieuses et la sphère des coutumes sont concernées par les difficultés que vit la morale aujourd’hui au Faso. Ne faut-il donc pas s’en étonner dans la mesure où il n’y a aucune exception positive parmi les confessions religieuses ? Pire, même les coutumiers n’y échappent pas.

Pour notre part, il n’y a vraiment pas de quoi être étonné pour les raisons suivantes :
  Le dénominateur commun à l’imam, au prêtre catholique, au pasteur et au responsable coutumier est qu’ils sont tous des êtres humains. Qui dit humain dit chair, et qui dit chair dit tentation. Certes, nous ne sommes pas que chair, fort heureusement, mais l’esprit, qui est l’autre dimension du genre humain, plie parfois sous les coups de boutoir des pulsions de la chair ;

 

  les charges sociales dont ils sont investis ne font pas pour autant d’eux des surhommes ou des demi-dieux. Elles font d’eux des ministres (pour les cléricaux), car ils sont des serviteurs de Dieu ; ce dernier leur ayant "confié" la garde et la direction de son troupeau.

Quant au responsable coutumier, il a seulement pour responsabilité d’être le garant de la vitalité pérenne des traditions et des coutumes ;

 

  ils ne vivent pas en marge de la société des humains. C’est dire que l’effritement des mœurs fait aussi d’eux des victimes de premier choix. Il faut une force de caractère divine pour résister aux appels persistants de la chair, derrière laquelle se cache le démon selon les Saintes-Ecritures ;

 

  ils sont victimes comme vous et moi de la banalisation du sexe à travers les médias.

En effet, sans que nous le sachions, les images que nous regardons (sans d’ailleurs le vouloir nécessairement) aiguisent à coup sûr nos pulsions libidinales et peuvent nous transformer rapidement en chauds lapins dès que certaines conditions sont remplies.

S’il ne faut pas s’en étonner, il faut quand même s’en inquiéter

Humains nous sommes, pêcheurs nous le sommes par voie de conséquence. C’est pourquoi, il ne faut pas s’étonner de ce qui se passe. Par contre, il faut s’en inquiéter :

 

  l’inquiétude réside dans le fait qu’ils sont censés être des modèles. En tant que tels, ils doivent avoir des qualités supérieures à la moyenne des membres de la communauté.

Autrement dit, ils sont supposés être plus capables de résister à la tentation que le commun des membres de la collectivité ;

 

  l’inquiétude tient au fait que dans une société où "la morale agonise" pour ne pas dire qu’elle a été enterrée depuis bien longtemps, il n’y a plus de repère. Les seuls dont on pouvait être fier, ce sont les autorités religieuses et coutumières. Or, elles aussi vont à vau-l’eau. Alors les citoyens risquent d’être de plus en plus déboussolés ;

 

  l’inquiétude doit se faire jour, car face à une crise comme celle consécutive à l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, qui jouera le rôle d’interface entre le pouvoir et ses contempteurs ? Effectivement, il n’est pas sûr qu’une foule déchaînée soit disposée à prêter une oreille attentive aux appels au calme des cléricaux et des coutumiers ;

 

  l’inquiétude pourrait provenir de ce que nos enfants et nos femmes ne sont plus "en sécurité" auprès de ces hommes, qui ont pourtant choisi de servir Dieu corps et âme.

En conclusion de ce point, il y a lieu de se dire que nous déclencherons le big bang général si, en plus des faiblesses des institutions telle la justice, il devait y avoir la corruption des hiérarchies religieuses et coutumières.

Enfin, l’inquiétude se justifie d’autant plus aisément qu’un Etat multiethnique dans lequel vivent plusieurs nationalités ne peut engendrer un Etat-nation qu’à la seule condition de générer et de partager des valeurs cardinales. Comment y arriver quand ceux qui doivent prendre une part active à ce processus se conduisent ainsi ?

Ayons le sens de la mesure et aidons-les à s’amender

Certes, aucune enquête ou étude n’a été effectuée qui nous permette de connaître la proportion de religieux et de coutumiers qui s’adonnent à de telles pratiques, mais elle nous semble proche de la vérité, l’opinion qui veut que ceux que nous avons cités ne soient pas représentatifs des groupes sociaux concernés. En d’autres termes, ce sont là quelques brebis galeuses à ne pas confondre avec le reste du troupeau.

Seulement, quand des personnalités de ce rang commettent de telles erreurs, l’ampleur et les conséquences de ces erreurs sont proportionnelles à leur aura et à celle de leur congrégation ou communauté.

Aussi les intéressés doivent-ils, plus que quiconque, prendre conscience, avec l’aide de l’Etre ou des êtres qu’ils adorent, de ce qu’ils sont et de ce qu’ils représentent, pour pouvoir éviter de céder à la tentation.

C’est certainement plus facile à dire qu’à faire, mais il y va du salut des intéressés et de celui de la société tout entière. Dans cette optique, il importe de prier ou d’avoir de bonnes pensées pour les autorités morales de ce pays.

Cela signifie qu’il faut se garder de jeter la pierre à qui que ce soit, car le cahier de notre vie à chacun renferme bien de choses dont nous sommes peu fiers. Imaginez qu’autrui ait la possibilité de le feuilleter ; qu’adviendrait-il de nos airs de dindon toisant et regardant nos semblables avec un complexe de supériorité mal dissimulé ?

En définitive, autant les actes des cléricaux et du coutumier que nous avons pris en exemple sont déplorables, regrettables et inacceptables, autant prononcer à leur endroit une condamnation sans appel peut se révéler être la solution de facilité qui évite qu’on se penche sérieusement sur les mutations que notre société subit et qui affectent les individus.

Z.K.

L’Observateur Paalga du 11 avril 2007



11/04/2007
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