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Piéla : Les clés pour comprendre les exécutions sommaires

Piéla

Les clés pour comprendre les exécutions sommaires

Plus de trois mois après les exécutions sommaires des « prétendus » malfrats par la police de Bogandé, un drame qui a sonné dès le lendemain la mobilisation de tous les fils de Piéla pour que justice soit rendue à Djolgou Yarga et deux de ses employés, il règne jusque-là dans ce département un calme précaire. Cette manifestation de colère signalée pour la première fois dans l’histoire de Piéla avait pour but de se faire entendre pour que justice soit rendue aux troix victimes.

Elle visait également à attirer l’attention des autorités politiques à commencer par le ministre de la Sécurité, M. Djibril Bassolé de prendre des sanctions fermes au lieu de se limiter à des affectations des policiers qui se sont rendus coupables de ces forfaits. Aujourd’hui, cet acte ignoble a eu pour conséquence de raviver les tentions sociales, déjà perceptibles au lendemain des assassinats.

A l’heure actuelle, la soif de justice et la volonté de rompre avec l’impunité justifient la soif de vengeance qu’on peut toujours lire dans les yeux à Piéla. « Si d’ici deux mois rien n’est fait pour trouver une solution, nous allons reprendre la lutte et cette fois-ci c’est pour aller jusqu’ au bout de nos revendications ». Ces propos d’un jeune visiblement en colère sont largement partagés par l’ensemble de la population qui souffre toujours de ces graves injustices.

Le 3 décembre dernier, nous avons trouvé Piéla et sa population toujours enveloppés dans ce manteau du deuil commun. Ce jour-là, le premier homme que nous avons abordé au cours de notre enquête est Lalibougou Noaly, gérant de la station de Piéla. Cet homme qui cachait difficilement sa peine a repris les mêmes propos qu’il a tenus dans L’Indépendant N° 688 du mardi 14 novembre 2006. Et ce n’est pas tout.

A Ouagadougou où il dirige une importante alimentation de la place, Yamparé Lankouandé ne dira pas le contraire. Ils sont tous du même avis et sont restés fermes en ces termes : « Nous, nous pouvons dire que Yarga Djolgou et ses employés sont morts pour rien. On peut autrement dire qu’ils sont morts parce que leurs bourreaux voulaient profiter des biens de Yarga. »

Ils citent pêle-mêle ses biens : « 6, 415 kg d’or, 6 700 000 F CFA vidés du coffre-fort, 351 g d’or, le matériel pour le traitement de l’or et les 800 000 F CFA qu’il avait en poche au moment de se rendre à Bogandé avec l’adjoint du Commissaire ». Et de poursuivre que dans ses transactions économiques, le gramme d’or coûtait au sieur Djolgou 9 750 CFA.

D’ailleurs, c’est cette injustice criarde qui fait qu’à Piéla, tous les habitants expriment leur colère du fait du grand silence du ministre de la Sécurité. Que ce soit à Piéla, à Ouagadougou ou ailleurs, tous les Burkinabè ont été largement choqués par ces tueries inhumaines. Ce qui est sûr, l’année 2006 a été marquée par les tueries de Boulporé dans le Bam (Kongoussi) qui a fait suite à celles de Piéla.

Dans le premier cas comme le second ce sont des policiers qui ont été mis en cause. Malheureusement, rien n’a été fait pour arrêter le sang. Au vu de tout cela on ne peut dire que les premières informations relayées par une certaine presse déguisée en sauveur de régime, n’ont pu convaincre personne. C’est pourquoi, nous avons jugé utile de retourner sur les lieux du drame et avons ramené quelques éléments d’enquête à même d’apporter des éclaircissements.

Le premier élément, c’est l’heure de l’arrestation des deux employés de Djolgou Yarga. Selon les informations reçues, elle a eu lieu le 28 octobre dans la matinée aux environs de 10 heures. Soit une heure seulement après le braquage perpétré sur la route Fada-Botou-Bilanga-Piéla.

En ce laps de temps, il est incompréhensible que des malfrats professionnels au lieu de fuir pour aller cacher leur butin en lieu sûr reprennent la même voie pour revenir à Piéla, où tous les CRS et autres forces de l’ordre devraient être mis en état d’alerte maximum. Des témoignages précis ont du reste indiqués que celui qui conduisait la moto était parti tôt de Piéla pour Fada pour remettre de l’argent à l’autre qu’il a finalement remorqué pour le ramener à Piéla.

Comment deux employés qui ga-gnaient honorablement leur vie dans l’achat de l’or sur les sites de la région peuvent-ils subitement se transformer en coupeurs de route sans la moindre arme ? Ils avaient en tout que 531g du métal jaune dans leur poche. L’autre élément est l’identification des malfrats par les victimes du braquage grâce à leurs paires de chaussures.

Peut-on reconnaître un bra-queur juste par les chaussures qu’ils portaient si ce n’est de la pure comédie ? Le moindre réflexe professionnel aurait consisté en une enquête sérieuse avant toute décision. Car, il est question de vie humaine. Ce qui malheureusement n’a pas été fait. Le Burkina développe plusieurs types de coopération avec de nombreux pays dans le monde notamment Dubaï, Taïwan et la Chine où il importe des chaussures de toutes marques.

Une paire de chaussures ne saurait avoir dans ce cas un pouvoir juridique pour justifier l’exécution d’un prétendu malfrat. Un coupeur de route peut être chaussé de la même manière qu’un simple passant. Un autre élément, c’est la rapidité avec laquelle les prétendus malfrats ont été passés par les armes sans même avoir attendu le lendemain pour mieux vérifier à travers une petite enquête sur l’identité de ceux qui ont été arrêtés.

L’autre élément c’est « leur tentative de fuite », selon les policiers qui d’ailleurs aurait été le vrai motif de leur exécution. Les vrais malfrats sont toujours dangereux et pour des raisons de sécurité ils ont toujours été exécutés les mains liées. Après plus d’une dizaine d’années dans les actions économiques où dix de ses employés les plus fidèles étaient présents sur tous les sites aurifères, Yarga Djolgou, catholique était un conseiller PDP/PS et alors connu de tous, y compris les policiers qui ne l’ont jamais suspecté dans cette bataille économique qu’il a engagée avec certains grands acheteurs d’or au niveau de Ouagadougou.

Celui qui a choisi de se battre de la sorte dans sa vie pour se faire une telle fortune avait-il encore besoin d’aller couper une route ? Enfin on sait qu’il s’agit de la province de la Gnagna, une zone très dangereuse et fréquentée par les bandits de grands chemins malgré tout, les éléments dont était en possession la police de Bogandé ne lui permettaient guère un tel forfait. Une plainte a été déposée au lendemain de tueries de Piéla par quelques leaders politiques de l’opposition (notamment le PDP/PS) dont le président, Ali Lankoandé lui-même originaire de ce village.

Une délégation du PDP/PS conduite par son président s’était rendue tôt sur les lieux du drame puis au Commissariat de police de Bogandé pour tenter d’en savoir plus. Mais jusque-là rien n’a été signalé. Ce qui fait dire qu’à quelques mois des élections législatives, cet acte ignoble qui a certainement été condamné par la communauté internationale risque d’avoir des conséquences politiques pour le CDP, le parti de Djibril Bassolet, actuellement un des plus contestés du régime Compaoré.

Bandé Lamine Fadika

L’Indépendant du 06 mars 2007



21/03/2007
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