L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Pluie diluvienne à Ouaga : Des maisons en ruine et un crocodile au commissariat

Pluie diluvienne à Ouaga

Des maisons en ruine et un crocodile au commissariat

 

Dans la nuit du 26 au 27 août 2007, une pluie diluvienne s'est abattue sur notre capitale. Cette précipitation semble être la plus importante jamais enregistrée depuis le début de cette saison pluvieuse. Dans certains quartiers périphériques, des maisons se sont écroulées sans avoir, à notre connaissance, causé de perte en vie humaine. Une importante partie du Parc urbain Bangr-wéogo est inondée, mettant ainsi en danger la petite faune et donnant champ libre aux crocodiles dont un s'est retrouvé au commissariat de Nongr-Massom après avoir "réglementé" la circulation.

 

Avec 117 mm à Ouagadougou aérodrome, la pluie de la nuit du 26 au 27 août 2007, sauf erreur ou omission, est la plus importante enregistrée dans notre capitale depuis l'installation de la saison pluvieuse. Elle s'est étendue sur les villes comme Ouahigouya (36 mm), Boromo (20 mm), Pô (32 mm), Dori (16 mm), Fada N'Gourma (5 mm) et Dédougou (9 mm).

Il est vrai que la saison s'est installée tard cette année et beaucoup de personnes, surtout les paysans, étaient dans l'inquiétude. Mais le ciel s'est ensuite montré généreux, ouvrant ses vannes pour laisser tomber sur le territoire de fortes pluies en ce mois d'août. Est de celles-là, cette pluie torrentielle. C'est aux environs de 18 heures qu'il a commencé à pleuvoir et ce jusqu'au petit matin. Si certaines personnes dormaient paisiblement dans leur chambre et profitaient de la fraîcheur du temps, ce n'était pas le cas pour d'autres, notamment  les habitants des quartiers périphériques de Simonville où des maisons se sont écroulées.

En effet, au secteur 29, Victorine Ankou de nationalité togolaise a vu sa maison tomber pendant qu'elle dormait ; fort heureusement, elle en est sortie indemne. "Depuis longtemps, raconte-t-elle, je m'inquiète de l'état de la maison et je m'en suis ouverte à mon bailleur qui a fait la sourde oreille ; comme j'ai la vie sauve, je vais chercher une autre, plus sécurisante". En attendant, on se demande où notre sinistrée passera la nuit. Une interrogation qui indexe certains bailleurs, des marchands de sommeil, qui ne pensent qu'à récupérer leurs "sous" à chaque fin de mois sans penser au mieux-être des locataires.

Dans la zone à habitats spontanés de la commune de Bogodogo, nous avons fait le constat de plusieurs maisons en ruines. Nous avons trouvé les sinistrés qui étaient en train de reconstruire qui son mur, qui sa maison "La moitié de la maison de mes enfants s'est écroulée alors qu'ils y dormaient ; heureusement aucun d'eux n'est blessé. Je vais la reconstruire même si la mairie s'apprête à nous faire déguerpir en cette saison pluvieuse", nous explique Moussa Zoungrana, dont la cour est à la lisière de la zone lotie, sur la grande voie que la mairie entend tracer. Le quinquagénaire a sa petite explication du fait que ses enfants soient sortis indemnes : "Généralement, a-t-il souligné, une maison protège ses occupants, il est rare que ses briques les atteignent en cas de chute".

A quelques encablures, Haoua Ouédraogo vit la même situation, elle dont la maison n'a pas résisté à la pluie. Selon cette veuve de 50 ans, sa maison a défié depuis 1981 les intempéries. Déguerpie à cette période pour la construction de la Cité 1200 logements, elle y attend toujours sa parcelle que les autorités communales tardent à lui donner après avoir versé depuis 2 ans ses 50 000 FCFA en tant que "résidente réelle". Des sinistrés de ce genre sont nombreux dans cette zone, et la plupart vivent dans des maisons vieilles de plus de 15 ans. Ce qui veut dire que l'écroulement de ces demeures est dû en partie à leur vétusté.

 

La petite faune se meurt au Parc

 

Grand de 265 ha, le Parc urbain Bangr-wéogo de par sa situation géographique connaît des difficultés à chaque saison pluvieuse. En effet, les canaux  de Wemtenga,  de Zogona, de l'hôpital et le barrage de Tanghin font converger les eaux de la ville vers ce parc qui est un point bas. Or le poumon vert de la ville supporte difficilement les inondations quasi permanentes en période d'hivernage et son patrimoine en meurt. Herbes et plants complètement couchés ou immergés, des oiseaux agrippés aux arbres et gazouillant de détresse, les mollusques comme les "Mille-pattes" devenus subitement des grimpeurs, des petits animaux comme les écureuils courant dans tous les sens... le spectacle qui s'offrait à  Bangr-wéogo hier matin provoquerait une crise chez un écologiste.

Les petites mares dans cet espace étaient débordées, entraînant des crocodiles hors de leur lit. Un de ces  sauriens s'est retrouvé sur le bitume où il a "réglementé" la circulation avant de poursuivre sa balade au commissariat de police de Nongr-Massom.

Il a fallu lutter pendant plus d'une heure pour qu'enfin le reptile tombe dans le filet des agents du parc, qui ont organisé son transport dans sa mare d'origine. C'est un directeur de Bangr-wéogo, Mamadou Moustapha Sarr, inquiet que nous avons trouvé dans son domaine.

Selon lui, la petite faune comme les serpents terrestres, les hérissons à ventre blanc, les lièvres à oreilles de lapin, les tortues terrestres, le céphalophe de grim, le python de Ceba et même les gros animaux comme les waterbucks, le cob de buffon pour ne citer que ceux-là sont en danger.

D'innombrables plants d'espèces immensément variées sont menacés parce qu'immergés. Toutefois cette situation ne semble pas trop déplaire aux crocodiles dont on dénombre plus de 250 têtes. "Le parc n'est pas un exutoire mais un espace aménagé qu'il faut sauvegarder", s'indigne le maître des lieux du fait que les déchets et les eaux de la ville se retrouvent dans ce patrimoine.

A l'en croire, les autorités communales ont attiré l'attention des ministères de l'Environnement et des Infrastructures sur ce drame écologique, mais les actions tardent à venir. Il faut, selon lui, une action globale et rapide pour dévier les eaux hors du parc sans pour autant l'assécher. Ce qui suppose des travaux d'envergure, qui ne sont pas à la portée de la commune.

Vivement que ces mesures soient prises pour que ce poumon vert qui fait la fierté de notre capitale soit sauvegardé.

 

Abdou Karim Sawadogo

Eric Aimé Ouédraogo (Stagiaire)

L’Observateur Paalga du 28 août 2007



28/08/2007
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