L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Pour la réussite de Filippe, une modeste contribution

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Pour la réussite de Filippe, une modeste contribution

 

Le redécoupage des départements ministériels à l'occasion de la mise en place du premier gouvernement de Tertius Zongo a vu le ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme et le ministère de l'Information fusionner pour donner naissance à un seul département : celui de la Culture, du Tourisme et de la Communication. Le porte-parolat qui est en fait un autre ministère lui a été greffé. A la tête de ce qui peut être considéré comme trois ministères, sinon quatre en comptant la Francophonie, dont il est également chargé, Filippe Sawadogo, communicateur, homme de culture, ancien patron du FESPACO et ex-ambassadeur du Burkina en France, a été nommé.

 

Sur le plan purement institutionnel, c'est un superministère que Filippe Sawadogo dirige, même si le statut d'établissement public d'Etat (EPE) de nombre d'entités fait que le cabinet du ministre n'a pas à gaspiller son temps pour  le suivi quotidien de la gestion de leurs ressources humaines et matérielles. Il faut également relever que le tourisme est une profession relativement libérale ; si fait qu'à part le rôle d'orientation, de catalyse et d'encadrement des acteurs dans  la conception et  la mise en œuvre des règles de droit, Filippe et son entourage n'ont pas à se triturer les méninges. Enfin, la culture est également (dans une certaine mesure) un secteur où les acteurs de premier plan sont rangés dans la même catégorie que ceux du tourisme.

En dépit de tout ce qui vient d'être dit, ce département reste un superministère, car :

- les acteurs (communicateurs, artistes, administrateurs, hôteliers, guides de chasse, gestionnaires de sites touristiques...) sont, en matière de nombre, suffisamment importants ;

- en termes d'influence et de visibilité, ils le sont également auprès des décideurs et de l'opinion publique.

Ce sont donc des vedettes ou des supposés telles et nous  en sommes  persuadé.

Or, il n'y a rien de plus difficile à gérer que les humeurs des gens, qui, chaque matin quand ils se mirent, chaque fois qu'ils sont parmi d'autres personnes ou face à leurs œuvres, se prennent consciemment ou inconsciemment pour le centre du monde.

 

Les conséquences d'une telle psychologie

 

Certes, sans une telle psychologie, qui alimente l'énergie pulsionnelle de la passion pour le métier, le Burkina ne pourrait pas s'enorgueillir d'avoir des médias de qualité (malgré les problèmes réels qui se posent à eux), d'être un pays qui a su faire de la culture un filon aurifère inépuisable (s'il est bien géré) et qui fait progresser chaque année qui passe la part du tourisme dans son produit intérieur brut (PIB).

Pour autant, le nombrilisme débordant voire extravagant se révèle finalement destructeur pour tous : dans des contextes où la modestie et la lucidité (grâce au niveau d'instruction et/ou à l'expérience) devraient prévaloir, c'est d'abord des murmures malsains, ensuite des intrigues et enfin, si l'occasion se présente, des déchaînements injustifiés de colère.

Filippe, le calme, le tempéré et le "démocrate-chrétien", qui le sait certainement déjà, doit en être davantage conscient, car avoir à gérer deux secrétaires généraux, deux inspecteurs généraux des services, deux directeurs des Affaires financières, deux directeurs des Etudes et de la Planification et deux directeurs des Ressources humaines, même pendant une semaine, n'est pas chose aisée : ni pour les intéressés, ni pour lui-même. Son calme et sa tempérance, qui sont du reste des qualités, peuvent être interprétés autrement et nuire à son action.

 

Sur le terrain du porte-parolat

 

Le porte-parolat est comme un autre ministère, avons-nous dit.  Dans certains pays en effet, le porte-parole du gouvernement est un ministre appelé ministre porte-parole du gouvernement. Une des raisons principales de cela est l'importance que revêt la communication (et pas l'information) dans la gouvernance démocratique d'un pays. Les populations-sujets, c'est déjà hier. Aujourd'hui, il s'agit de citoyens. Or, tout pouvoir légitime et légal doit être l'émanation du choix des citoyens. Aussi les gouvernants ont-ils le devoir de rendre régulièrement compte de leurs actions aux citoyens et de s'enquérir du moral de ces derniers à propos de la manière dont ils manœuvrent le gouvernail de la barque commune.

Les rapports d'activités des différentes institutions républicaines, le contrôle de l'action gouvernementale par l'Assemblée nationale, les comptes rendus des Conseils des ministres, les points de presse, etc., participent de ce souci.

Sous l'ère Filippe, nous avons eu droit à un seul point de presse pour le moment. Le compte rendu, qui en a été fait par la presse écrite notamment, laisse penser que la forme de cet événement aurait gagné à être améliorée. Soyons plus précis : le niveau de langue employé par le ministre Filippe Sawadogo était quelque part en inadéquation avec la circonstance. C'était un niveau de langue (très) soutenu. Dans un amphithéâtre ou dans les cercles diplomatiques, tout le monde aurait compris et ne se serait pas posé de questions.

Dans le cas de la conférence de presse, le message a été, certes, compris, mais le réflexe critique des journalistes (et en tant qu'aîné il sait de quoi nous parlons) a amené plus d'un à se poser des questions sur le style de leur patron.

 

L'essentiel : tout positiver

 

En soi, cela n'est pas une mauvaise chose, car cet esprit critique traduit la qualité de notre presse et permet au ministre, en positivant, de revoir la préparation des points de presse. Il a, du reste, déjà positivé, puisque Sidwaya s'est inscrit dans la logique des autres journaux sans que, sauf erreur de notre part, son directeur général, Jean-Paul Konseibo, ne se soit vu remonter les bretelles.

Il faut noter par ailleurs le micro-trottoir réalisé par la Télévision nationale du Burkina au lendemain de l'entretien accordé à Pascal Y. Thiombiano, à Alpha Barry et à Rémi Dandjinou par Blaise Compaoré. On aura remarqué la liberté de ton des citoyens et surtout le fait que la TNB a diffusé même des propos très critiques à l'endroit du président du Faso.

Tout cela est tout à l'honneur de B. Compaoré lui-même et de Filippe Sawadogo. Cependant, certains caciques en retard d'une révolution démocratique (au sens libéral du terme) ne manqueront pas de désapprouver ouvertement (dans le meilleur des cas) ou lâchement cette politique du ministre et de l'utiliser certainement contre lui, le moment venu. Mais il doit savoir que ceux qui font et défont les ministres, c'est le président du Faso et le Premier ministre, qui nomment qui ils veulent et "dégomment" qui ils veulent.

Toutefois, Filippe serait bien inspiré de mener une réflexion profonde sur les différents aspects de la communication gouvernementale et de la mettre très rapidement en œuvre. Dans ce sens, la création entre autres, d'un club de la presse ne serait pas de trop dans la mesure où cela offrirait des cadres d'échanges avec les journalistes accrédités ; alors, les points de presse viendraient comme une façon solennelle de dire les choses.

 

Z.K.

L’Observateur Paalga du 12 septembre 2007



12/09/2007
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