L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Président ou inquisiteur ?

Ernest Bai Koroma  de la Sierra Leone

Président ou inquisiteur ?

 

Les anciens ministres et hauts responsables de la Sierra Leone sont interdits de quitter leur pays sans autorisation expresse de la police. Ils sont tous astreints à ce confinement afin d’être disponibles pour rendre compte de leur gestion des affaires publiques. Ainsi, en a décidé Ernest Bai Koroma, le nouveau président sierra-léonais investi seulement le 17 septembre dernier. Il a, dans ce sens, constitué une commission de 60 experts, en somme une commission d’enquête, chargée de faire le bilan  des actions du gouvernement sortant, de «faire le point sur la situation actuelle des actifs et  des passifs de l’Etat».

C’est clair, le président Koroma veut donner un coup de pied dans la fourmilière de la corruption présumée des dignitaires de l’ancienne équipe gouvernementale, dont de nombreux membres sont soupçonnés à tort ou à raison de malversations, dans la gestion des deniers publics.

C’est en tout cas un acte salvateur qui est ainsi posé car tout comptable doit se tenir prêt à rendre  des comptes. Ce faisant, le nouvel homme fort de Freetown sonne la fin de la récréation, du laxisme et de la gabegie au sommet de l’Etat. Une initiative qui va amener les uns et les autres à faire un peu plus attention dans leur gestion des biens publics.

Toutefois, on peut se poser la question de savoir pourquoi Koroma, qui n’a pas encore installé son gouvernement, agit ainsi dans la précipitation. Qu’est-ce qui fait tant courir le nouveau président ? Serait-ce ces promesses électorales, lui qui a battu sa campagne sur le thème du changement ? Ou est-ce qu’il veut entamer son mandat par un coup d’éclat ? Ou encore la volonté de faire un clin d’œil à la communauté des bailleurs de fonds de son pays ? On ne le sait trop.

Mais une chose est sûre, cette opération «mains propres» risque de faire plus de mal que de bien à  la cohésion nationale et de saper les bases d’un pays encore fragile, quoi qu’on dise, car sortant d’une décennie de guerre civile. Il ne faut donc pas beaucoup pour mettre le feu à la poudre, tant les rancœurs et les rancunes ne se sont pas encore bien tassées et qu’il suffirait qu’un mis en cause crie à l’acharnement, à l’exclusion en excitant la fibre ethnique ou régionaliste pour que tout dégénère à nouveau.

Ce sont de telles pratiques qui font que très souvent, sous nos tristes tropiques, beaucoup de dirigeants s’agrippent au pouvoir comme des chauves-souris à une branche, et ils ne la lâchent que quand ils sont sûrs que le nouvel homme fort est un de leurs disciples.

On peut aussi s'interroger sur le sérieux de cette enquête éclair dont les conclusions devraient être remises au président, demain 5 octobre. En effet, si tant est qu’on voulait passer à la loupe la gestion de l’équipe d’Ahmad Tejan Kabbah, il faut se donner le temps qu’il faut pour bien mener cette investigation afin qu’elle ne soit pas bâclée. Il y va même de la crédibilité de cette démarche.

De plus, l’initiative peut s’apparenter à une sorte de chasse aux sorcières car, quand on a occupé de hautes fonctions, il est difficile qu’une commission d’enquête inspecte votre gestion sans trouver ne serait-ce que la plus petite bête qui pourrait vous valoir des explications devant la justice. Et c’est là tout le danger de la tâche commanditée par Ernest Bai Koroma.

Le nouveau président gagnerait à se mettre au travail et à œuvrer au rassemblement de ses concitoyens plutôt que de se transformer en justicier, en inquisiteur.

 

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga du 4 octobre 2007



03/10/2007
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