L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Rapatriement volontaire de réfugiés libériens: Dans l'incertitude du retour

Rapatriement volontaire de réfugiés libériens

Dans l'incertitude du retour


C'est peu après 11h que l'avion des Nations unies devant ramener les réfugiés a atterri à l'aéroport international de Ouagadougou. Fuyant la guerre qui faisait rage dans leur pays, plus d'une centaine de ressortissants libériens se sont retrouvés au Burkina Faso, après avoir, pour la plupart, transité par la Côte d'Ivoire. Avec la situation qui est en train de se normaliser, 53 ont décidé de retourner au bercail. Nous avons recueilli les propos de certains. En voici la teneur.


Dominique Baysal, 32 ans, marié et père de 2 enfants : "Je suis content de retourner dans mon pays d'origine. Cela ne signifie pas que je n'aime pas le Burkina, qui m'a accueilli. Je suis arrivé ici en passant par la Côte d'Ivoire pour fuir la guerre au cours de laquelle mon papa est mort. Aujourd'hui, la situation du Liberia est en train de se normaliser. Je vais y retourner, car de toute façon ce ne sont pas d'autres personnes qui viendront construire mon pays. C'est plutôt nous, fils et filles du pays. J'ai séjourné 3 ans au Burkina. Je ne sais pas les conditions qui m'attendent là-bas, mais tout compte fait, il nous appartient de créer les conditions nécessaires d'une vie normale, car je ne suis plus prêt à aller à l'aventure. L'Etat libérien nous a invités à rentrer. Vu ma précaire situation, je n'ai pas hésité une seconde. Nous sommes plus d'une cinquantaine à rentrer. C'est un rapatriement volontaire. Au Burkina, lorsque je me réveillais le matin, je faisais le tour de la ville pour avoir de quoi manger. Les Burkinabè sont très gentils ; ils me donnaient 100 F CFA par ci, 500 par là, même 1 000 F. J'ai ainsi vécu pendant les 3 ans et arrivais à manger pour ne pas mourir de faim. Je suis satisfait de mon séjour au Burkina et je remercie les autorités et le peuple burkinabè."


Shériff Karimu, 24 ans, célibataire : « C'est en fuyant la guerre du Liberia que je me suis retrouvé au Burkina Faso. Avant d'y arriver, j'étais au Nigeria où j'ai vécu 3 ans. Au Burkina j'ai séjourné 4 ans. Je suis heureux de retourner au pays non seulement parce que la guerre est finie, la paix y revient peu à peu, mais aussi et surtout parce que le Liberia est ma patrie. Je ne sais pas ce qui m'y attend mais je fonde mon espoir sur Le Bon Dieu qui sait toujours venir au secours de ses enfants en détresse. Pendant tout le temps que j'ai passé au Burkina, chaque matin, j'implorais Le Bon Dieu afin qu'il fasse que le Liberia retrouve la paix pour que je puisse y retourner et continuer d'exercer mon activité de commerce. Au Burkina, les gens ont le sens de l'hospitalité. J'ai toujours eu de quoi me nourrir. Avec ce que je gagnais quotidiennement, je m'organisais pour ne pas manquer de nourriture."

Thomas Alexandra, 25 ans : "Cela me fait grand plaisir de retourner au bercail où j'espère trouver un emploi et une vie stable. Je ne sais pas ce qui m'attend au pays, mais cela ne me fait pas peur à partir du moment où je sais que je serai enfin chez moi, après avoir fui la guerre. Je suis prêt à faire n'importe quel boulot pour survivre. Il est hors de question pour moi d'envisager une quelconque aventure. Je dois m'organiser pour reconstruire ma vie. Au Burkina, grâce à la CONAREF, j'avais pu avoir accès à un projet où je faisais de la coiffure. C'est avec les retombées de cette activité que j'ai pu joindre les deux bouts durant toutes ces quatre années. Je remercie les autorités burkinabè et la population de nous avoir acceptés. Que Dieu bénisse le Burkina Faso et ses habitants."

Christine Zambo, née en 1982 : "Après avoir assisté au massacre de ma famille, j'ai décidé de fuir. Certainement que mon jour n'était pas arrivé. J'ai pu rejoindre la Côte d'Ivoire. Et comme la guerre venait aussi d'éclater là-bas, j'ai profité de l'opération Bayiri pour venir au Burkina. Je suis restée près de 3 ans ici. Je rentre au Liberia parce qu'on m'a dit que le pays est reconstruit et cela m'enchante. C'est vrai que je n'ai personne au pays, mais j'ai grand espoir qu'une fois sur place, ça ira. Nous devons percevoir un peu d'argent et avec cet argent, une fois au Liberia, je louerai une chambre d'hôtel en attendant de voir comment faire pour me réinsérer dans la société. Quoi qu'il advienne, j'y resterai. J'ai seulement peur de la guerre. Quand vous assistez à un massacre d'êtres humains, cela joue sur vous. Au Burkina, chaque matin, je me rendais à l'auto-gare du Ghana où on me donnait, soit des bananes, soit des oranges. J'ai été entre-temps malade, et c'est une bonne volonté qui m'a aidée à prendre mes ordonnances en charge. Les Burkinabè son très gentils. Ils nous ont beaucoup aidés. J'avais un garçonnet de 4 ans qui est décédé ici des suites de maladie. C'est le manque de moyens qui est souvent la cause de certains malheurs. N'eût été le concours des Burkinabè, je n'aurais pas su comment faire du cadavre de mon enfant, puisque ne connaissant personne. Je n'ai rien pour donner aux Burkinabè, sauf leur dire grandement merci et leur témoigner ma reconnaissance.

ENCADRE

Kogda Der, coordonnateur de la CONAREF, situe le contexte dans lequel ce rapatriement a été organisé.

"Le rapatriement volontaire des réfugiés libériens se préparait depuis un certain temps, depuis au moins plus d'une année. Cette fois, nous avons pu l'effectuer avec le soutien des Nations unies qui a bien voulu mettre à notre disposition un moyen de transport, notamment un vol spécial pour transporter les Libériens, étant donné qu'il y a un mouvement général de rapatriement des Libériens vers leur pays. Au Liberia, il y a même un comité chargé du rapatriement de leurs ressortissants. Pratiquement, près de 100 000 libériens sont en train de rentrer, et l'opération prend fin le 30 juin. Donc, pour être dans les délais et pouvoir permettre aux Libériens qui veulent volontairement rentrer au pays de le faire, nous avons accéléré le processus."

Propos recueillis par G.Z.

Le Pays du 27 juin 2007



27/06/2007
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