L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Réflexion sur la pendaison de Saddam Hussein

                             Tabaski en Irak

              Saddam comme mouton de sacrifice

 

Malheur à l’oracle qui, du temps de la splendeur de Saddam Hussein, lui aurait révélé qu'il mourrait pendu comme un vulgaire bandit de grand chemin. Un tel oracle, il n’y a pas de doute, serait, au meilleur des cas, pris pour un fou, un menteur, et dans le pire, ce serait les geôles et même la potence.

 

Mais plus que jamais, chacun doit convenir avec cette assertion populaire qui est que «Nul ne peut savoir comment, quand et où il mourra». Et voilà donc Saddam, le grand raïs invincible, balançant inerte au bout d’une corde ; pendu haut et court à Bagdad, cette ville où il avait régné des années durant.

 

Chassé du pouvoir le 9 avril 2003 par les Américains, Saddam s’était volatilisé pour n’être rattrapé par ses poursuivants que le 13 décembre de la même année dans les environs de Tikrit, sa région natale. Ramené à Bagdad, il a été inculpé le 1er juillet 2004 sous sept chefs d’accusation (1).

 

Son procès a débuté le 19 octobre 2005, mais auparavant, le Parlement a bien pris soin de rétablir la peine de mort dans le code pénal irakien quinze jours plus tôt, soit le 4 octobre. Jugé pour le chef d’accusation portant sur le massacre des 148 Chiites à Doujail en 1982, Saddam a été condamné à mort le 5 novembre 2006 et devrait être exécuté dans un délai de 30 jours conformément à la législation de son pays.

 

En faisant appel de ce verdict, l’enfant terrible de Tikrit n’a pu que retarder d’une vingtaine de jours sa pendaison, puisque cet appel sera rejeté le 26 décembre. Depuis, les choses se sont fatalement accélérées.  

 

Le raïs a été pendu au petit matin du 30 décembre, jour de la Tabaski. Une scène d’exécution dont une partie des images ont été diffusées par les autorités irakiennes.

 

Seulement le lendemain, une vidéo pirate, tournée au moyen d’un téléphone portable, circulait sur la toile et montrait l’intégralité de la mise à mort. Rarement, l’exécution d’un condamné aura été largement diffusée en mondovision par les chaînes de télévision et les sites internet.

 

A croire que concernant Saddam Hussein, les forces d’occupation ont voulu jouer à fond la carte de la transparence. C’est dans ce but qu’on a assisté à une scénarisation télévisuelle non seulement de sa capture, mais également de son procès. 

 

Mais on sait qu’il ne peut y avoir de totale transparence lorsqu’il y a un metteur en scène. Celui-ci ne montre que ce qu’il veut bien laisser voir et le message est bien entendu tronqué, car répondant à des impératifs aussi bien subjectifs que d’ordres politique, économique, religieux, moral ou social.

 

Ce n’est pas un hasard si les images du procès étaient contrôlées et diffusées avec un léger différé pour permettre au «censeur», l’Oncle Sam, de sévir en élaguant certaines parties de l’audience.

 

Pourtant, ce procès ne s’est pas déroulé dans la sérénité. Loin s’en faut. Le tribunal spécial irakien a été suscité par les Américains et c’est sous la sécurité militaire des Gi’s que les juges ont officié. Dès lors, on ne pouvait plus vraiment parler de l’indépendance de cette juridiction.

 

On ne voit même pas par quel chemin la justice aurait pu passer pour en jouir quand on sait que le gouvernement de Bagdad est lui-même placé de fait sous tutelle yankee. La preuve, si Bush retire ses soldats, l’exécutif irakien tombe le même jour. A partir de ce moment, il va de soi que tout se déroule selon le bon vouloir du protecteur américain, qui voulait coûte que coûte la tête du raïs.

 

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la peine de mort a été précipitamment réintroduite par condescendance et esprit de vengeance plus que par nécessité dans la législation pénale à seulement quinze jours du début du procès.

 

C’est dire qu’avant même l’audience, les nouveaux maîtres et leurs «anges gardiens» avaient déjà décidé de la peine à infliger à l’accusé. Restait seulement à donner les contours judiciaires à ce qui s’apparente à une exécution sommaire programmée. Pour ce faire, il fallait un tribunal taillé sur mesure. Une juridiction a donc été suscitée par les Américains, et les juges de service «irakiens» chargés de faire le reste.

 

Mais s’il y a une question qui va tarauder longtemps l’esprit de nombre d’observateurs, c’est bien celle relative à la date de la mise à mort de l’ex-dictateur. Pourquoi le jour de la Tabaski ? Quel message se cache derrière cet acte ? A croire que le gouvernement Maliki et Georges Bush manquaient vraiment de mouton pour faire le sacrifice convenu à l’occasion de l’Aïd-el-Kébir.

 

On polémiquera encore longtemps sur ce fait. Mais surtout, qu’on ne nous dise pas que c’était pour respecter le délai de 30 jours imparti par la loi pour exécuter un condamné à mort. Sinon comment comprendre le report de l’exécution de deux autres cocondamnés ?

 

En procédant de la sorte, Bush et ses amis ont manqué de tact. Et si l’objectif était de faire revenir la paix comme l’a d’ailleurs déclaré le cow-boy de la Maison Blanche, il faut avouer que, pour l’instant, c’est raté.

 

On imagine que l’offrande n’a pas trouvé grâce aux yeux d’Allah, lui qui, depuis le sacrifice d’Abraham, a clairement montré qu’il préférait qu’on lui immole symboliquement un bélier plutôt qu’un humain. D’ailleurs, cette pendaison n’a pas mis fin aux attentats et autres violences qui sont quotidiennement perpétrés en Irak.

 

Cette mise à mort en pleine fête n’a eu et n’aura que l'effet de renforcer la haine des intégristes musulmans contre les forces d’occupation et de redonner un nouvel élan à ce qu’ils appellent le djihad.

 

Il faut dire qu’on a encore du mal à comprendre cette exécution alors même que le condamné devait répondre d’autres dossiers judiciaires. En procédant ainsi, il sera difficile de faire la lumière sur les autres affaires pour lesquelles il était inculpé. Si vraiment la justice et la vérité étaient les seuls soucis du tribunal, pourquoi alors ne pas finir avec tous les procès l’impliquant avant de le pendre ?

 

Mais comme toujours en temps de guerre, les vainqueurs sont prompts à faire disparaître les preuves et les personnes pouvant les compromettre, afin de ne donner à l’opinion qu’une version très lisse et soft de l’histoire.

 

Et ce n’est pas par hasard si le tribunal s’est penché prioritairement sur le dossier portant sur le massacre des Chiites à Doujail. A bien regarder, c’est l’une des rares affaires qui, visiblement, n’impliquent ni n’embarrassent les Occidentaux. C’est un crime que Saddam a pu commettre de son propre chef.

 

Mais ce n’est pas le cas dans les dossiers assez compromettants comme la guerre contre l’Iran, les opérations «Anfal» et le gazage à Halabja des Kurdes (1988), le massacre en 1983 des membres de la tribu kurde des Barzani et les meurtres des dignitaires religieux et politiques.

 

Instruire à la barre de tels dossiers, ce serait juger l’Occident qui a longtemps été un allié et un soutien déterminant pour un Saddam du temps de sa splendeur.

 

Pour le pétrole, on s’est bousculé pour lui apporter tous les matériaux de la terreur dont il avait besoin pour asseoir sa puissance dans la cruauté : armes, munitions, capacités de production d’armes chimiques, etc. En l’immolant aujourd’hui, les Occidentaux n’ont fait que détruire un monstre qu’ils avaient eux-mêmes contribué à fabriquer.

 

Et l’image de Saddam, pendant au bout d’une corde, devrait donner un peu à réfléchir à nos tyrans tropicaux, qui gagneraient à changer pendant qu’il est encore temps, au lieu de croire à une inaltérable amitié avec tel ou tel grand chef blanc. Les pays du Nord ont suffisamment démontré leur opportunisme : ils n’ont pas d’amis, mais seulement des intérêts. 

 

San Evariste Barro

 

Notes :(1)

1/ Les opérations "Anfal" contre les Kurdes (1988)
2/ Le gazage des Kurdes à Halabja (1988)
3/ L'écrasement de la rébellion chiite (1991)
4/ L'invasion du Koweït (1990)
5/ Le massacre en 1983 de membres de la tribu kurde des Barzani
6/ Les meurtres avec préméditation de chefs de partis politiques
7/ Les meurtres avec préméditation de dignitaires religieux.

 

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Barro San Evariste

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03/01/2007
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