L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Remerciements à Toégui pour critiques constructives

Refondateur

Remerciements à Toégui pour critiques constructives

Monsieur Toégui,

Avec votre style impayable, vous avez pris l’habitude de nous interpeller et de nous régaler de vos « Elucubrations » en passant au scanner des évènements de la vie nationale. En vous intéressant dans l’Observateur Paalga du 18 au 20 avril 2008 n°7115 à la « Refondation… des refondateurs », vous donnez le signe que la question n’est pas sans intérêt puisque généralement, Toégui n’oriente sa plume critique, pertinente et impertinente, que sur des questions qui en valent la peine. L’essentiel pour moi ici étant garanti, je veux vous en dire quelques mots même si en ma qualité de simple militant de la Refondation, je ne suis qu’un destinataire indirect de votre écrit.

Après avoir donc sacrifié à mon sens au principal, égal à vous-même, vous laissez, tel un Jazzman emballé par une « Jam Session », libre cours à votre inspiration pour critiquer, fouiner… Tout cela, non pas de façon bête et méchante, mais pour éclairer à votre façon des zones d’ombre et finalement donner plus de lisibilité à l’entreprise elle-même. C’est que, on l’a maintenant compris, Toégui, même s’il a parfois la dent dure et moqueuse, n’a pas de revanche à prendre et n’a pas été formaté à l’école de la démarcation physique qui continue à sévir dans notre pays.

Ainsi, vous expliquez votre étonnement (pas votre réprobation) de voir un tel et un tel autre des refondateurs, un Ram Ouédraogo et un Yacouba Touré, un Koné Christian… réunis. C’est un peu ce que JJ en a dit en parlant de « légumes aussi dissemblables » et qu’on a entendu évoquer lors de la première conférence de presse des refondateurs au Liptako Gourma, le 17 avril dernier, à la faveur d’une question, cependant moins maldisante.

Vous mentionnez aussi les contradictions qui pourraient résulter des positions affirmées par les uns et les autres dans le passé et qui semblent en porte-à-faux avec le Manifeste, et dites tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : votre crainte que l’assemblage ne finisse par subir le phénomène de la désertion ou de l’implosion parce qu’infiltré par des forces qui feront le travail avenant.

Bref, quand on vous lit, on se rend compte que si vous n’êtes pas un converti impénitent de la Refondation, vous n’en êtes pas pour autant un contempteur viscéral. Dès lors, je dis pour ma part que vous écrivez à la façon sarcastique et déstabilisatrice du regretté Aimé Césaire, aux seules fins de clarification pour nous préserver des dévoiements dont sont souvent malheureusement porteuses bien d’entreprises nobles, mais pas assez précautionneusement engagées.

Vous n’écrivez pas, je tiens à le dire, comme certains, la jalousie rance au coeur, gavés de cette inculture et de cette haine que distillent invariablement leurs propos. Je serai d’avis que les refondateurs vous disent un grand et franc merci et qu’ils prennent de la graine, de vos propos.

A Touré Soumane d’expliquer comment, après avoir combattu la Conférence nationale à l’époque de l’ARDC, avec comme vis-à-vis Hermann Yaméogo à la CFD, il se retrouve comme ça, cosignataire d’un Manifeste qui regrette la Conférence nationale souveraine. Il a du coffre et de la tchatche, il saura le faire.

A Cyril Goungounga, d’en faire de même sur le pourquoi de son ralliement à un document qui dénonce la monarchisation du pouvoir après s’être, à moult reprises, prononcé pour les candidatures illimitées. Il n’a jamais eu peur de se remettre en cause : il s’en sortira.

A Hermann Yaméogo de dire, lui, qui a été abandonné en rase campagne au pire des moments par le même Cyril Goungounga, pourquoi il s’embarque avec lui, oublieux du passé, dans une entreprise comme celle de la refondation. S’il prend plaisir à ce qu’on lui marche sur les parties nobles, il le fera savoir.

Aux uns et aux autres de dire pourquoi Eugène Diendéré, après avoir fait un petit tour parmi le groupe, en est reparti comme la marionnette, sans demander son reste. Aux uns et aux autres encore de montrer que, même si certains leaders de partis politiques ne sont pas présents à l’appel, ils n’en ont pas moins été appelés.

Il faut toujours des concepteurs à un projet. Les refondateurs peuvent s’en expliquer et convaincre que, n’étant pas à l’Assemblée, ils comptent. La bonne preuve : ayant souvent fait l’opinion, ils la font même en ce moment malgré les circonstances adverses.

Pour ma part, je n’aurai aucun mal à apporter des réponses à toutes ces interrogations, car je vois en chacun de ces hommes une explication majeure à leurs retrouvailles, en dépit de leurs différences : l’Intérêt général. C’est la crise qui frappe déjà l’immense majorité des Burkinabé et qui risque de dégénérer en troubles graves et même en affrontements meurtriers qui les a forcés à prendre les devants d’une sorte d’union sacrée pour faire face à l’essentiel.

Leur rencontre se justifie par la conviction (alors qu’on vit une crise de représentation, une perte de confiance à l’endroit des institutions comme entre gouvernés et gouvernants) que seul un dialogue inclusif, global et républicain constitue la réponse crédible au mal structurel que vit le pays.

Il est facile de battre en brèche nombre d’arguments parfois soulevés ici et là pour chansonner leur projet. Alain Zoubga a déjà répondu à celui sur les incompatibilités « insurmontables » disant : « Le fait que des partis, hier adversaires, se retrouvent en alliance autour d’idées communes à défendre, ne confère que plus de mérite à ces partis et à leur projet ». Parmi ceux des arguments qui restent, le plus prisé est ce « joker » troué du : « Ils ont tous plus ou moins, à un moment, travaillé avec Blaise Compaoré ».

Et alors ! D’ailleurs, l’argument, plutôt court, galvaudé à souhait, confine même à la nigauderie. Quel parti un peu crédible peut au Faso se targuer de n’avoir pas, à un moment ou à un autre, eu un responsable ayant cheminé avec Blaise Compaoré ?

Ceux sur qui on jette ainsi l’anathème pour délit de fréquentation, l’ont-ils fait dans des conditions telles qu’ils en ont vendu leur âme au diable ? On se garde d’en parler. Convient-il d’ailleurs d’être de nos jours aussi « à côté de la plaque » en criminalisant la participation, le consensus, quand les circonstances l’exigent et que dans les cercles les mieux pensants de la bonne gouvernance, on en dit tout le bien ? Ce n’est pas le Père Lacour qui dira le contraire qui en appelle au consensus et à la refondation.

Enfin, que vaut cette seule « réclamation de virginité », de « mains propres » pour non-compromission avec Blaise Compaoré (suspecte à bien des égards pour les avertis), comme Programme, comparé à la nature des atouts de ceux d’en face ? Les refondateurs ont l’expérience, ils en ont toujours voulu, ils ont une force de contre-propositions indiscutée qui a, au demeurant, souvent servi au pays.

En rappel, ce qu’ils ont fait quand le Collectif était toussotant à travers les réformes politiques et institutionnelles conclues pour permettre l’élection la moins contestée de l’histoire de la 4e République. On sait aussi, depuis surtout que Salif Diallo en a fait courageusement la confession, que la volonté de les éliminer pour toujours du jeu politique par des déstabilisations en chaîne ayant préparé des élections-exécutions ciblées, n’a pas entamé quant au fond, les positions fortes qu’ils gardent dans l’opinion. Une opinion qu’ils ont souvent déterminée comme ils le font actuellement.

Voilà ce que je voulais souligner en espérant, et c’est mon plus grand souhait, que les refondateurs eux-mêmes s’engagent dans un débat épistolaire utile avec vous et laissent pour le coup, les méchants à leur inutile diablerie. Croyez en ma sincère considération.

Pascal Zaida

L’Observateur Paalga du 23 avril 2008



23/04/2008
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