L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Rencontre du G-8 : Le tsar Poutine veut prendre le sommet en otage

Rencontre du G-8 en Allemagne

Le tsar Poutine veut prendre le sommet en otage

 

En raison du pavé jeté dans la mare ces derniers jours par l’homme fort du Kremlin, l’économie mondiale, le terrorisme et l’effet de serre seront comme des plats réchauffés et fades pendant la rencontre des chefs d’Etat membres du G8, qui regroupe les huit pays les plus riches de la planète.

En effet, quelques jours avant ces retrouvailles entre Etats feuillus qui débutent en principe aujourd’hui, le président russe, Vladimir Poutine, ne s’est pas entouré des scrupules diplomatiques pour menacer de déployer des missiles, pointés sur l’Europe,  si les Etats-Unis ne renonçaient pas à leur nébuleux  projet de bouclier antimissiles censé protéger le Vieux continent des foudres de nations dites enragées. Voici donc une déclaration qui a pris au dépourvu tous les observateurs politiques et participants à cette rencontre qui se tient dans une station balnéaire allemande. L’emploi du temps de ces dirigeants, concocté certainement depuis belle lurette, sera donc un peu chamboulé. Et s’il y a un président fraîchement élu qui doit être des plus vexés, il s’agit assurément de Nicolas Sarkozy. C’est sûr que l’ex-petit colonel du KGB lui ravira la vedette pendant ces réunions de Heiligendamm, dans ce même château de Potsdam où, pendant l’été 45, les vainqueurs de la 2e  guerre mondiale s’étaient retrouvés. Le Président français a beau dire qu’il aura un dialogue franc avec son voisin lointain de l’Est, en abordant avec lui des questions qui lui font voir rouge, comme les violations des droits de l’homme en Tchétchénie ou l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaia. Seulement, il sait d’ores et déjà qu’il ne sera pas la principale attraction du jour. Son interlocuteur et les autres invités auront d’autres chats, pardon, d’autres missiles à fouetter.

Malgré tout, les Yankees tiennent mordicus à leur projet. A écouter leurs plus hautes autorités, qui, soit dit en passant, ont confessé prendre au sérieux les propos de Poutine, le projet d’installation des antimissiles  ne vise pas la Russie, mais devrait servir à intercepter des missiles de pays comme l’Iran ou la Corée du Nord. L’argument vaut ce qu’il vaut, mais le problème est que des pièces de cet arsenal seront installées aux portes de la Russie et, pire, dans d’anciens Etats du bloc de l’Est, comme la République tchèque et la Pologne. Alors, on peut bien comprendre que le président russe se sente morveux face au rhume provoqué par ce rival venu d’Outre-Atlantique. Et puis pendant qu’on y est, pourquoi l’Amérique veut-elle faire le bonheur des Européens à leur place en les dotant d’un parapluie antimissiles ? S’il lui est loisible d’installer cet équipement en l’orientant vers l’Asie, pourquoi l’oncle Sam pousse-t-il des cris d’orfraie quand la Russie, du moment qu’elle reste chez elle, veut installer des missiles sur son territoire en les orientant vers qui il veut ?

On a de bonnes raisons de ne pas aimer ce Poutine-là et de l’accuser de tous les péchés d’Israël. Des situations qui incitent à le haïr, il y en a à la pelle : la Tchétchénie, les violations des droits de l’homme, les assassinats, etc. Mais il charme d’un côté : il est l’un des rares chefs d’Etat en Europe, sinon le seul, à souvent ébranler la politique extérieure actuelle des Etats-Unis dans leurs certitudes hégémoniques. Et ce, depuis la fin de la guerre froide, du clivage Est/Ouest  avec le «traître» Gorbatchev,  venu avec sa Prestroika et sa Glasnost. Depuis lors, c’est la toute-puissance américaine, avec ses conséquences, que le monde subit. Ne peut-on donc pas donner raison au Président russe qui aime à comparer l’Amérique à l’ancien Reich allemand ? Même si le patron du Kremlin ne convainc personne quand il dit sans rire que «la tragédie, c’est que je suis le seul pur démocrate au monde», il attire néanmoins de la sympathie quelque part. Et quand on suit le tracé de la politique extérieure des néo-conservateurs américains, l’on ne peut que comprendre l’actuel maître du Kremlin qui finit son mandat l’année prochaine… s’il ne torture pas la Constitution. La prise de position de celui qui, étudiant, avait soutenu avec brio un mémoire intitulé «Politique des Etats-Unis en Afrique» rappelle le bon vieux temps de l’équilibre de la terreur (1), regretté aujourd’hui par beaucoup, époque où chaque Etat ou bloc réfléchissait par deux fois avant d’envahir un autre. Cette histoire rappelle aussi un précédent : la crise des missiles de Cuba (2) qui avait valu au monde entier de retenir son souffle face à l'imminence d'une troisième guerre mondiale.

 Malheureusement, il n’y a plus de bloc, encore moins d’Etat pour dire non à l’unilatéralisme de ceux qui ont la force, et c’est parti pour les agressions à tout rompre. Peut-être que si l’équilibre de la terreur se réinstallait, nous  retrouverions un monde plus calme.

 

Issa K. Barry

L’Observateur Paalga du 6 juin 2007

 

 

Notes : (1) Théorie élaborée au moment de la guerre froide entre les deux blocs (EST et OUEST) qui se livraient à une course aux armements, rendant l’affrontement dangereux. La doctrine que sous-tendait cette expression traduisait la volonté de chaque bloc d’annihiler l’autre par une attaque nucléaire massive en cas d’agression. Mais le premier qui aurait tenté de détruire l’autre était en quelque sorte assuré d’être détruit à son tour, ce qui annulait complètement l’intérêt d’une telle attaque.

(2) Le 14 octobre 1962, un avion américain U2 photographie sur l’île de Cuba des rampes de lancement de missiles nucléaires à moyenne portée, capables d’atteindre le territoire américain. En même temps, la Maison-Blanche apprend que 24 cargos soviétiques transportant des fusées et des bombardiers Iliouchine font route vers Cuba. Cette situation a failli provoquer une 3e guerre mondiale et a été à la base de l’installation du fameux téléphone rouge entre le Président américain et celui de l’Union soviétique.



06/06/2007
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