L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Retour des pèlerins burkinabè : Ouf !

Retour des pèlerins burkinabè

Ouf !

 

L'on pensait que les enseignements tirés des insuffisances antérieures allaient permettre une organisation mieux réussie du pèlerinage à la Mecque par les associations islamiques. Hélas ! Cette année, des difficultés ont failli faire capoter ce rendez-vous spirituel en terre saoudienne.

Si les 2058 pèlerins burkinabè ont finalement pu effectuer le déplacement, nombreux étaient leurs parents et amis qui attendaient leur retour avec beaucoup d'angoisses.

C'était donc un ouf de soulagement quand hier matin, le premier vol, après plusieurs faux bonds, a atterri à l'aéroport international de Ouagadougou.

 

Mercredi 9 janvier 2008. La nouvelle de l'arrivée des pèlerins burkinabè s'est répandue dans la ville.

L'heure était même indiquée (11 heures). Mais renseignement pris auprès d'un agent de STMB Tours, l'agence qui a eu la lourde tâche d'organiser le pèlerinage 2007, puis auprès de son directeur général, Mahamady Bangrin, c'était plutôt à 18h23 que le premier vol devait arriver.

A 18 h donc, nous voici à l'aéroport international de Ouagadougou, où de nombreux hommes et femmes attendaient, dans l'impatience et l'inquiétude, qui leur mari, qui leur épouse, qui leur oncle, qui leur tante et nous en oublions. La plupart d'entre eux avaient d'ailleurs fait le déplacement sur la base de dame rumeur. Aucune source fiable ne les avait informés. C'était comme au début avec les multiples faux départs.

 

Un déficit criard de communication

 

En écoutant les uns et les autres, l'organisation du Hadj 2007 a péché par le manque de communication ; ce qui a causé beaucoup de désagréments. Yacouba Gowon Ouédraogo, assistant de douane à la retraite au secteur 19 de Ouagadougou, a souffert le martyr face à la situation : "J'ai fait venir ma sœur de Bobo-Dioulasso pour l'envoyer à la Mecque. J'ai déboursé 1 490 000 F CFA que j'ai versé à ECOBANK. C'est par la suite que j'ai appris, dans les journaux, que c'est plutôt 1 430 000 F CFA qu'il fallait payer. Et c'était la croix et la bannière pour récupérer le reliquat, de 60 000 F CFA. Premier problème. Ensuite, les dates du départ ont été maintes fois reportées sans qu'on nous donne des explications. J'ai passé mon temps à téléphoner aux organisateurs, et ils m'ont promis de me saisir en temps opportun. C'est finalement le 11 décembre, lorsque j'étais à la célébration de la fête nationale à Kombissiri, qu'on m'a appelé pour m'informer que le vol est prévu dans l'après-midi.

Pendant 22 jours, je suis resté sans aucune information et j'avais à ma charge une vingtaine d'accompagnateurs à nourrir. Je pensais que dans les mosquées, lors de la prière de vendredi, les imams donneraient des nouvelles. Rien. C'est en ville que l'on a appris tantôt que la situation serait liée à un malentendu entre El Hadj Oumarou Kanazoé et Hamadé Bangrin, tantôt qu'il s'agit d'un problème d'avion.

Une fois les pèlerins partis, c'était les mêmes angoisses parce qu'on a appris qu'un des avions a été confisqué en Arabie Saoudite, que certains Burkinabè ont été bloqués à l'aéroport pendant 3 heures et les membres de l'équipage sont restés dans l'avion quatre jours durant. Tout cela nous a effrayés, et il n'y avait personne pour nous rassurer".

Arouna Yigo, fidèle musulman venu de Gombousgou pour attendre son frère Abdoulaye et son épouse, déplore lui aussi le comportement des organisateurs lors du départ, qui a fait que les pèlerins et leurs accompagnateurs étaient dans le pétrin : "Le séjour à Ouagadougou est difficile et coûteux. Et nous avons passé plus d'une dizaine de jours sans que personne nous dise ce qui se passe", se plaint-il.

Il ne va pas jusqu'aux encadreurs qui font aussi partie de l'organisation à une moindre échelle, comme Fati Nikièma qui reconnaît que cette année, les pèlerins ont longuement attendu dans l'incertitude.

Pourtant, il y avait des interlocuteurs pour donner l'information juste sur la situation : l'agence de voyage STMB Tours, qui a été sélectionnée par la Commission technique nationale (CTN) du Hadj 2007 à l'issue d'un appel d'offres pour transporter les Burkinabè aux lieux saints de l'Islam, et la CTN elle-même. Le refus de communiquer semblait manifeste. Nous-mêmes avons eu l'amère expérience, en son temps, en allant à la source de l'information. En vain. Le jour du premier vol en direction de l'Arabie Saoudite, nous avons fait le pied de grue au siège de l'Agence, sur Kwamé N'Krumah, pour nous entretenir avec le DG Mahamady Bangrin, qui nous a tenu les propos suivants : "Ecoutez, je n'ai pas le temps pour ça. Ce qui me préoccupe, c'est le départ des pèlerins".

Le mercredi 9 janvier 2008, quand nous l'avons encore joint au téléphone, il n'avait pas le temps pour nous écouter. Néanmoins, il a accepté volontiers de nous donner l'heure précise de l'arrivée à Ouagadougou du premier groupe de pèlerins : 18h23 mn.

Mais de nouveau l'horaire ne sera pas  respecté. Jusqu'à 21 h, les gens attendaient toujours à l'aéroport de Ouagadougou sans nouvelle rassurante. Et les éléments de la sécurité ont commencé à déserter les lieux.

Pour en avoir le cœur net, nous passons un coup de fil au chef d'agence de STMB Tours. "L'avion n'a pas encore décollé de l'Arabie Saoudite. Mais il sera là à 4 h", apprend-on auprès de lui.

A une heure de l'heure d'arrivée indiquée, nous avons encore téléphoné à notre interlocuteur de STMB Tours, qui nous a signifié que c'est finalement à 6 h que l'oiseau de fer atterrira sur la piste de l'aéroport de Ouagadougou. Néanmoins, nous étions sur place à 4 h en cette matinée glaciale pour éviter toute surprise désagréable.

 Les gendarmes et les policiers s'étaient déployés matinalement pour maîtriser l'affluence. Cette fois, l'on était presque sûr que ce ne sera pas une fausse alerte. Effectivement à 7 h, un gros oiseau de fer s'est signalé bruyamment dans le ciel et s'est posé sur la piste d'atterrissage.

Au même moment, notre portable sonne. Le chef d'agence de STMB Tours était au bout de la ligne pour nous informer que le premier vol en provenance d'Arabie Saoudite avec à bord 301 passagers est enfin là.

La nouvelle est vite parvenue à la foule que les forces de l'ordre avaient parquée derrière les barrières en fer disposées pour la circonstance. Ouf ! Les premiers pèlerins sont de retour.

 

"Ce n'est pas un pèlerinage au rabais"

  

"A l'avenir, il faut revoir les choses pour éviter que les parents soient dans l'angoisse", avait suggéré Arouna Yigo. Il souhaite, en effet, que le déficit de communication constaté cette année soit corrigé. L'assistant de douane à la retraite Yacouba Gowon Ouédraogo  voudrait tout simplement que l'organisation soit remise à l'Etat. "Au moins à ce niveau, on sait à qui s'adresser en cas de difficulté", soutient-il avec une mine patibulaire qui montre qu'il en a gros sur le cœur.

Adama Sakandé, 1er vice-président de la Communauté musulmane du Burkina n'est pas de cet avis. "Ce n'est pas la meilleure formule. Ce sont les associations islamiques qui ont demandé à organiser elles-mêmes le Hadj. Un retour en arrière n'est pas souhaitable. Les erreurs peuvent être corrigées avec l'appui des autorités. L'Etat peut intervenir en arrêtant un cahier des charges qui prévoit des mesures disciplinaires à l'encontre de ceux qui vont faillir à leurs obligations.

Au regard des difficultés de cette année, un travail de sensibilisation a été fait pour que les pèlerins se laissent guider par l'esprit du pardon et de la tolérance. Il y a eu des problèmes techniques face auxquels on ne pouvait faire grand-chose".

Initialement prévu pour le 25 novembre 2007, c'est finalement le 11 décembre que le premier vol des futurs "ladji et hadja" a quitté Ouagadougou. Le retard accusé n'a-t-il pas un impact sur la validité de ce 5e pilier de l'Islam ? N'est-ce pas un pèlerinage au rabais si l'on peut s'exprimer ainsi ?

"Pas du tout", répondent deux muftis en l'occurrence Adama Sakandé et Ismaël Tiendrébéogo (lire encadré). Le dernier soutient d'ailleurs que les autorités saoudiennes ne laisseraient pas nos compatriotes venir si le délai était imparti. Les fidèles musulmans qui ont effectué le pèlerinage 2007 sont donc de vrais "ladji" et de vraies "hadja".

 

"On ne va pas au hadj comme à un dîner de gala"

 

En effet,  ils ont pu accomplir les rites fondamentaux du Hadj. Mieux, les pèlerins, interrogés à leur arrivée hier matin, soutiennent avoir pu accomplir tous les rites, n'avoir pas rencontré de difficultés majeures durant leur séjour. Même si difficultés il y a, Youssouf Rouamba, le gouverneur de la Région des Cascades qui était du voyage, pense qu'elles sont inhérentes à toute entreprise du genre. "Aucune œuvre humaine n'est parfaite. Et on ne va pas à un pèlerinage comme à un dîner de gala. Il faut s'attendre à subir des épreuves", ajoute-t-il.

Me Abdoulaye Ouédraogo, huissier de justice près les Cours et Tribunaux de Ouagadougou embouche la même trompette et se refuse à charger l'organisation de tous les maux vécus : "Les gens ont plus souffert de leur condition physique". Kouanda Fatimata d'ECOBANK qui y était dans le cadre du service pour les opérations bancaires des pèlerins se dit satisfaite du déroulement du Hadj : "Tout s'est bien passé".

Pourtant, les nouvelles qui parvenaient au pays n'étaient pas rassurantes. L'on se rappelle que le journaliste sportif de la TNB, Abdoul Diallo, avait été joint au téléphone par sa rédaction. Dans cet entretien téléphonique depuis la Mecque, il a évoqué d'énormes difficultés organisationnelles.

Vrai ou faux, allez-y le savoir quand on sait que les propos des pèlerins interrogés contredisent ceux de notre confrère. Est-ce parce qu'une sensibilisation, comme l'a affirmé le vice-président de la Communauté musulmane, a été initiée pour que nos compatriotes soient guidés par l'esprit du pardon et de la tolérance, que les uns et les autres refusent toute critique ? Dans tous les cas, les langues se délieront avec le temps si toutefois nos compatriotes ont souffert à la Mecque et à Médine.

 

6 morts et de nombreux malades

 

En attendant ce bilan moral, le Dr Idrissa Compaoré nous en a fait un autre, celui sanitaire : "1500 consultations médicales ont été enregistrées, soit plus de deux tiers des pèlerins. Beaucoup ont été contaminés par une infection respiratoire dont l'origine n'a pas pu être située. On déplore six décès dont un qui ne figure pas sur la liste de la Commission technique nationale. Nous sommes revenus avec 5 malades invalides et quatre sur pied. Une malle de médicaments a disparu. Il faudra à l'avenir que la Commission technique nationale travaille six mois à l'avance. Cela permettra de réduire considérablement les problèmes".

L'organisation a été émaillée d'insuffisances, mais les pèlerins n'ont pas voulu jeter la première pierre à qui que ce soit. Mais, il convient de relever la nécessité impérieuse de travailler à ne pas faire du pèlerinage un calvaire.

 

Adama Ouédraogo

Damiss

Abdou Karim Sawadogo



11/01/2008
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