L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Saut Para : Deux gamines dans le ciel bobolais

Saut Para

Deux gamines dans le ciel bobolais

 

Le Centre d’instruction des troupes aéroportées (CITAP) de Bobo-Dioulasso a organisé, du 07 au 09 juillet 2007, un stage de formation à l’intention des élèves du Prytanée militaire de Katy (PMK) au Mali et de ceux du Prytanée militaire du Kadiogo (PMK) au Burkina. L’attraction cette année de cet exercice en saut para a été sans conteste la participation de deux jeunes filles de Katy qui, pour leurs premiers essais,  ont été tout simplement fantastiques.

 

L’une s’appelle Marie Noëlle Kory et l’autre Emmanuelle Youma Diagne. Venues du Prytanée militaire de Katy, elles étaient cette année à la recherche du brevet militaire de saut para. Leur présence au camp Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso ne manquait pas de susciter une certaine curiosité aussi bien chez des militaires que des civils. Non pas parce  qu’elles sont femmes, dans la mesure où le CITAP a déjà eu à former des militaires en jupon, mais du fait de leur âge. L’une, Camerounaise (Marie Noëlle Kory) a aujourd’hui 16 ans et demi et l’autre, Malienne (Emmanuelle Youma Diagne), 15 ans.  Après six années passées au PM de Katy, les voilà à la recherche de leur brevet de parachutiste, un domaine généralement réservé aux hommes. Et quand il s’agit de femmes et de surcroît des gamines, il y a  véritablement lieu de s’attarder. Car au Burkina et même en Afrique, ce n’est pas tous les jours qu’on voit l’autre moitié du ciel toiser le ciel. Pourtant, les deux adolescentes ont  sauté de l’avion à 400 m d’altitude pour ensuite atterrir en toute tranquillité ; une belle performance qui se doit d’être saluée à sa juste valeur et qui met en exergue les capacités de la gent féminine à s’exercer avec brio dans des domaines qu'on croit souvent réservés aux hommes. Par six fois, Kory et Diagne ont chacune accompli sans trembler leur saut. Tout semble indiquer aujourd’hui qu’un mythe vient d’être brisé par ces deux enfants de troupe de Katy qui, dans le même temps, ouvrent une nouvelle page dans l’histoire du parachutisme africain et du CITAP. Surtout pour Emmanuelle Youma Diagne qui, à quinze ans, détient désormais, sauf erreur ou omission, le record du plus jeune parachutiste dans notre sous-région et même peut-être sur le contient. Deux oiseaux rares qui font la fierté du PM de Katy et qui semblent désormais embrasser leur carrière professionnelle avec beaucoup d’optimisme et de détermination.

 

Le PM de Katy à l’honneur

 

Née au Cameroun d’un père militaire, Kory n’avait pourtant pas de vocation pour le métier des armes. Elle raconte : "Je pensais à tout sauf à la vie militaire. Mais  mon père m’a finalement convaincue par ses conseils qui portaient essentiellement sur les avantages dans l’armée ; et cela, comparativement à ceux de la vie civile.  Il m’a alors envoyée au PM de Katy. J’y suis arrivée malgré moi et je ne vous cache pas que mon intégration a été des plus difficiles. Mais au fil des années, je me suis adaptée et je peux vous dire aujourd’hui que je suis fière d’avoir embrassé la carrière militaire". Tel père telle fille donc, voici  Marie Noëlle Kory  sur les traces de son géniteur, Jacob, aujourd’hui lieutenant- colonel dans l’armée camerounaise. Malgré la distance qui les sépare, le contact demeure permanent avec les multiples coups de fils quotidiens que Kory recevait de son père en poste à Bamenda. C’est tout heureux alors qu’il apprendra de sa fille que son premier saut  a été concluant. «Je l’informais régulièrement du déroulement du stage, et il savait que je devais effectuer mon premier saut samedi très tôt dans la matinée. Alors il m’a appelée avant le départ pour l’aéroport, et juste après le saut, il m’a encore appelée et je lui ai dit que ça s’est bien passé. Il était très heureux et, depuis, il ne cesse de m’encourager».

 

Une peur bleue à la porte de l'avion

 

Malienne d’origine sénégalaise, Emmanuelle Youma Diagne frétillait d'impatience. La plus jeune parachutiste du CITAP de Bobo était en effet curieuse de découvrir le saut para. Mais très vite, elle se rendra compte de la réalité à quelques minutes de sa sortie de l’aéronef sénégalais affrété à cette occasion. «J’ai été subitement envahie par une peur bleue à la porte de l’avion. Mais conformément aux instructions de nos moniteurs, j’ai dominé cette peur jusqu’à mon largage. Et dès ma sortie, j’ai commencé à prier, et tout s’est bien passé pour moi jusqu’au sol». Un seul  cas de blessure (fracture à la jambe) a été signalé à l’issue du premier passage des enfants de troupe. Et cela semblait sérieusement perturber Youma, qui a dû s’armer d’avantage de courage et de pugnacité pour effectuer les cinq derniers sauts. «Les deuxièmes et troisièmes passages ont été psychologiquement très pénibles pour moi. Mais  je suis arrivée à me convaincre que chacun à sa chance dans une telle épreuve. Je me suis surtout ressaisie lors des 5e et 6e passages, où j’ai vraiment eu moins de difficultés. Maintenant je peux dire que ça va, il nous faut toujours continuer à travailler pour améliorer nos performances». Toujours est-il que Youma et Kory, les "parachutées" de Katy, si on peut les appeler ainsi, repartiront avec certainement une fierté légitime : celle d’avoir accompli avec succès leur mission au CITAP de Bobo.

 

 Jonas Apollinaire Kaboré

L’Observateur Paalga du 11 juillet 2007



11/07/2007
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