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Sénégal : Une girouette nommée Seck

Sénégal

Une girouette nommée Seck

 

Il a tout fait pour sortir de l’ombre tutélaire du Vieux. Il a croisé le fer avec lui ; démissionné de son parti, dénommé Parti démocratique du Sénégal (PDS) ; créé un regroupement politique (le Rewmi). Pour prouver qu’il a vraiment pris son indépendance, Idrissa Seck a été même candidat à la présidentielle sénégalaise. Mais il n’y avait rien à faire. Avec ses grands boubous, l’ombre de Wade, telle celle d’un fromager centenaire, enveloppait toujours l’ancien maire de Thiès. Et ce qui devait arriver, arriva. De retrouvaille en retrouvaille, de réunion en réunion, il a fini par rejoindre sans conditions le parti du président sénégalais. Du même coup, son pauvre REWMI, regroupement politique créé en 2006, suite à ses démêlés avec son mentor, qui l’ont conduit en prison 7 mois durant, disparaît par fusion-absorption, cette formule chère aux financiers. Pourtant, que d’espoir créé par ce REWMI-là à l’époque, surtout au sein de la couche jeune. Mais de reculade en reculade de la part de son géniteur, la désillusion s’est progressivement installée dans les esprits. Si fait que pendant la présidentielle sénégalaise, nous avions parlé d’un «deal mortel» et secret entre le chantre du Soupi et Seck. En effet, dans le Regard sur l’actualité de notre édition du 23 au 25 février 2006, avant la présidentielle au pays de la Teranga, qui devait avoir lieu le 25 février de la même année, nous écrivions : «Compte tenu des dernières retrouvailles entre les deux hommes, il existerait un deal qui, à ce jour, est resté bien secret… Pour bien des spécialistes de la politique sénégalaise, Seck n’est pas un candidat crédible, et c’est pour cela que, pendant sa campagne, il tourne au tiers, sinon au quart de son potentiel». Malgré ces suspicions tout à fait légitimes, il est arrivé 2e même si son score (14,93%) n’était pas des plus honorables.

Après bien des démentis sur ses tentatives de rapprochement avec Wade, Idrissa Seck est finalement  allé retomber entre les bras de celui qui est considéré comme son père spirituel en politique. A priori, on peut bien être condescendant sur cette attitude, si l’on suit le parcours de l’acteur. Elève de l’Ecole des hautes études commerciales, ensuite de l’Institut d’études politiques de Paris et enfin de l’université de Princeton aux Etats-Unis, l’enfant terrible de Thiès a rejoint le PDS dès l’âge de 15 ans. Tour à tour ministre d’Etat, Directeur de cabinet, Premier ministre de 2002 à 2004, il a toujours évolué auprès de « Gorgui » (vieux en wolof), cet autre surnom du célèbre chauve de Sénégal. Ce n’est pas très facile de voler de ses propres ailes, surtout de ramer à contre-courant d’un parrain qui connaît vos forces et surtout vos faiblesses. Mais reconnaissons que ça ne fait tout de même pas sérieux de la part d’Idrissa Seck de mener en bateau le peuple sénégalais, particulièrement les militants qui ont beaucoup cru en lui. Certes, on dit que beaucoup de politiciens ont fait du «Prince» de Machiavel leur livre de chevet. Cependant, avouons que l’on a tout de même besoin d’un minimum de crédibilité pour survivre et surtout prospérer en politique.

Aujourd’hui qu’il a rejoint les rangs du PDS, parti dans lequel il jouissait d’une grande aura, à quoi va-t-il ressembler ? Lui et ses militants seront certainement vomis par ceux qu’ils vont y trouver. Pire, aux yeux de l’opinion, il est devenu telle une girouette, ou pour parler en Africain, comme la crête du coq qui ne fait que suivre le mouvement du vent. Parti en héros, ce monsieur, qui était entre-temps devenu chef de file de l’opposition, retourne au PDS sous la forme d’un soldat battu et qui est venu s’humilier devant l’ennemi. Et le grand gagnant, c’est Abdoulaye Wade qui cherche à ratisser large après le boycott des législatives du 3 juin 2007 par la frange la plus importante de l’opposition. D’aucuns prédisent qu’Idrissa Seck convoite la succession à Wade. En retournant aux sources, l’ancien Premier ministre, âgé de seulement 48 ans, spéculerait sur la possibilité d’être couché sur le testament politique du vieux, qui a 81 ans et est à son dernier mandat. Si telle était l’ambition de l’ancien maire de Thiès, cette citation tirée du Cid de Pierre Corneille devrait le faire réfléchir : «A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire».

 

Issa K. Barry

L’Observateur Paalga du 3 août 2007



03/08/2007
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