L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

L'Heure     du     Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

Simon s'attaque aux bordels à Ouagadougou

Lutte contre la prostitution

Simon s'attaque aux bordels

 

Le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré, a annoncé son intention de déterrer la hache de guerre contre la prostitution dans notre capitale en s'attaquant aux maisons closes, communément appelées "chambres de passe". C'était le 25 janvier dernier.

Le vendredi 7 février 2008, le bourgmestre de la ville a convié les hommes de médias à l'hôtel de ville à un point de presse pour parler du phénomène et dire comment les autorités municipales comptent mener la  bataille contre la prolifération des maisons closes et par ricochet le plus vieux métier du monde. Nous vous proposons la déclaration liminaire du patron de l'exécutif municipal et une synthèse des échanges qui s'en sont suivis.

 

 Dès l'annonce le 25 janvier dernier de notre engagement à nous attaquer au phénomène des chambres closes, c'est la dénomination consacrée pour désigner ce qui est communément appelé les "chambres de passe"; vous avez été très nombreux à nous solliciter pour explorer davantage cette mesure. C'est ce qui justifie l'organisation de ce point de presse, auquel nous vous avons convié cet après-midi. En effet, en 1995 lorsque nous arrivions pour la première fois à la tête de cette ville, animé d'une volonté herculéenne de nous attaquer aux maux qui minaient notre cité, nous avons déclaré à l'époque, la guerre aux maisons closes et à la prostitution par racolage. Aujourd'hui, je dois le confesser, très vite nous nous sommes rendu compte de la complexité de ces questions; il fallait alors observer un repli tactique, pour emprunter au lexique des stratèges militaires. Oui, un repli pour analyser le phénomène, mieux l'appréhender afin d'envisager des approches plus élaborées, des solutions adéquates.

Dès lors qu'il s'agit de lutter contre la prolifération des maisons closes et la prostitution, l'un étant le ferment de l'autre, la problématique centrale qui se dégage, est de savoir si la lutte a pour ambition d'annihiler ou de juguler ces deux phénomènes? De toute évidence, il est illusoire de se fixer comme objectif, l'éradication définitive de la prostitution dans notre ville, cela nous le savons. Aussi, allons nous focaliser nos interventions sur les phénomènes du racolage et des maisons closes. Dans le cadre de notre recul, nous avions décidé, de nous donner le temps de la réflexion, celui du dialogue et de la concertation pour assurer le succès des futures opérations qui en découleront. C'est pourquoi, nous avons procédé à la création d'une commission ad'hoc, dirigée par le président de la commission des affaires générales du bureau du conseil municipal, avec pour missions: d'explorer la question, en concertation avec les gestionnaires des «maisons de passe» et de dégager des pistes d'intervention. Patiemment et dans la discrétion, cette commission ad'hoc a abattu un travail appréciable. Ce sont les travaux de celle-ci qui serviront de base à notre action.

En décidant d'agir maintenant, nous avons choisi d'inscrire notre action dans le cadre global de la lutte engagée par le gouvernement du Burkina Faso, contre les IST et le Sida. Cette approche intégrative fait de certaines directions de la ville comme l'action sociale, l'action sanitaire, le centre polyvalent et la police municipale, les charnières de cette opération.

 

Le premier constat que nous faisons, c'est la prolifération exponentielle des maisons closes ou "chambres de passe", facteur favorisant la prostitution sous toutes ses formes.

Et quant à cette dernière, la prostitution, il ne fait l'ombre d'aucun doute, qu'elle soit dans ses diverses manifestations dont le racolage notamment, le premier vecteur de propagation des IST/SIDA.

Le deuxième constat est que la quasi-totalité des maisons closes recensées sont érigées sur des parcelles initialement destinées à l'habitation, toute chose constituant un détournement de destination donc un délit au terme de la loi.

 

Garantir la quiétude des citoyens

 

Vous conviendrez avec moi que cette sitution interpelle au premier chef, les gestionnaires de ville que nous sommes. Et c'est pour mettre fin à cette prolifération anarchique des maisons closes, amener les uns et les autres à se mettre en règle vis-à-vis de la loi que nous allons entreprendre des actions... En clair, il est de notre devoir, garants de la sécurité et de la quiétude de nos concitoyens, de veiller à ce que les parcelles attribuées à usage d'habitation, le soient effectivement, cela conformément aux articles 158, 226, 227, 228 de la Réforme agraire et foncière. Pour ce faire, il revient aux propriétaires de demander le changement de destination de leurs parcelles en prenant le soin d'indiquer la nouvelle, sous peine de voir la fermeture du site prononcée par l'autorité communale. Tout refus d'obtempérer aboutit au retrait pur et simple de la parcelle car, la Réforme agraire et foncière en ses articles 158, 226, 227, et 228 dispose que tout changement de destination d'un terrain sans autorisation préalable, entraîne une déchéance qui n'ouvre droit ni à indemnité, ni à remboursement. Un autre élément qui interroge nos consciences et qui devrait nous pousser à l'action est que, certaines de ces maisons closes sont situées en pleine zone d'habitation, influençant ainsi dangereusement nos enfants et nos sœurs ou à proximité des lieux de culte.

 

Au Burkina Faso, le racolage et le proxénétisme sont interdits par la loi et c'est ce qui constitue la base juridique de notre action, car, l'activité des maisons closes n'est autre qu'une forme de racolage et de proxénétisme, où tout est mis en œuvre, pour rabattre et appâter le client. Détrompez vous, nous sommes conscient de l'ambiguïté que suscitent certaines de ces maisons closes. Tenez par exemple de petits hôtels et auberges déclarés se livrent aux mêmes pratiques que les maisons closes et  la part des choses souvent difficiles à établir. Mais, il demeure cependant que ces établissements favorisent la prostitution par racolage ou se font complices de cette pratique, donc passibles des sanctions prévues par la loi. Chaque contrevenant dans le cadre de notre action sera traité conformément aux sanctions prévues par les textes en vigueur. Comme on le voit bien, il est à retenir que nous avons conscience de la complexité du problème auquel nous nous attaquons mais, c'est un devoir impératif pour l'autorité garante de la sécurité des citoyens et c'est aussi ce qui nous commande le principe de précaution devant guider toutes nos actions. Selon les chiffres du recensement en notre possession et datant de 2005, la commission ad'hoc de la commune a répertorié 99 chambres closes dans la ville de Ouagadougou réparties ainsi qu'il suit:

- Baskuy: 27

- Boulmiougou: 24

-Bogodogo: 23

- Sig-Noghin: 10

- Nongr-Maassom: 15.

 Serait-ce simplement la partie visible de l'iceberg ?

Il est indéniable que ces statistiques aient évolué à la hausse aujourd'hui et si rien n'est fait, chacun de nous se retrouvera un jour mitoyen d'une chambre close.

De la collaboration de nous tous, dépend le succès de cette opération, alors j'en appelle à la compréhension et au soutien de tous.

 

 

 

Les propriétaires  des maisons closes ont 3 mois pour se reconvertir

 

Au cours de la conférence de presse que Simon Compaoré a animée dans l'après-midi de vendredi dernier, le bourgmestre de la ville de Ouagadougou a expliqué comment la bataille contre les "chambres de passe"  va se dérouler.

Dans un premier temps, les maires des cinq arrondissements de la capitale vont rencontrer les gérants des maisons closes et leur faire connaître les dispositions réglementaires qui existent au Burkina Faso en matière de prostitution par racolage et les dispositions de la Réforme agraire et foncière (RAF) relatives à la gestion des parcelles octroyées par la ville de Ouagadougou. Ensuite, tout propriétaire de maison close (MC)   disposera de 3 mois pour reconvertir son établissement en maison d'habitation.

"Conformément à la loi, nous allons encore être magnanime en leur donnant trois mois pour qu'ils puissent changer ", lance Simon Compaoré. Et d'ajouter qu'à l'issue de ce délai, un contrôle sera fait et toute MC en activité sera immédiatement fermée.

"Nous n'allons pas faire que fermer, nous allons entamer une procédure de retrait de la parcelle.  Sortez   le Code pénal" intime le bourgmestre de la ville. (Voir article 427 dudit code en encadré).

 

La loi s'appliquera aux hôtels

 

Si la campagne que compte engager l'exécutif municipal est principalement orientée vers les "chambres de passe" (CP),  il y a aussi que les hôtels et autres auberges sont souvent des cadres où se pratique  la prostitution. Sur ce cas, Simon Compaoré rappelle qu'il y a une dizaine d'années, les gérants d'hôtel et les hôteliers avaient été prié de prendre des dispositions.   "Si dans un hôtel on arrive avoir des éléments sur des pratiques de prostitution, la loi devrait s'appliquer", affirme le conférencier qui raconte cette anecdote: "Je suis allé un jour dans un hôtel de la place pour rendre visite à un monsieur qui était venu discuter  avec nous des problèmes de la ville. Et j'ai été  littéralement agressé par des femmes. Je n'ai pas aimé ça. J'ai compris qu'on avait laissé des filles de joie entrer". Les hôtels seront donc concernés à en croire le maire. "Nous avons pris sur nous de rencontrer les hôteliers. Parce que cette bataille que nous allons démarrer ne va pas se limiter aux maisons closes. Si on surprend un hôtel qui pratique ce genre d'opération, nous allons faire ce qui doit être fait, conformément à la loi", martèle le   président du Conseil municipal.

 

 

 "Balancez les noms !"

 

Le maire de la commune de Ouagadougou a évoqué sans cesse le Code pénal base légal de son combat contre la prostitution. A la question de savoir si la loi sera appliquée à l'endroit d'autorités qui posséderaient des bordels, Simon Compaoré avec la verve qu'on lui connaît  tonne "Si vous avez des noms d'autorités qui gèrent des maisons closes, donnez-les nous. Si vous avez peur, moi je n'ai pas peur. Ces autorités, n'ont-elles pas des noms ? Si on les connaît, balancez les  noms ! Moi je m'appelle Simon Compaoré, si je gère une chambre de passe, dites-le, un point c'est tout. Mais si vous  écrivez que Simon Compaoré gère une maison close, Walaï, je vous attaque en justice, parce que je n'en ai pas. Si c'est pour me salir, je vous attaque immédiatement". Il faut reconnaître que le business est tellement lucratif que la proposition de transformer la chambre de passe en maison d'habitation ne va pas intéresser beaucoup de gens, avoue le   premier responsable de la mairie de  Ouagadougou.

Mais qu'à cela ne tienne "nous voulons attirer l'attention des gens que s'ils ne se conforment pas à la loi, ils en tireront les conséquences", dit le bourgmestre d'un ton martial. Beaucoup n'hésitent pas à penser que la municipalité tire un quelconque profit de l'existence des MC. Pour le président du conseil municipal, la ville n'encaisse rien auprès de ces maisons. Et d'interpeller dans la salle, Abraham Ouattara inspecteur du Trésor qui précise qu'au niveau de la ville de  Ouaga,  depuis 1996, il y a une délibération qui a institué une taxe qu'on appelle contribution au développement de la commune, qui est de 500 FCFA, et payée pour le séjour dans un hôtel.

 

Une bataille perdue d'avance ?

 

En décidant de déterrer pour ainsi la hache de guerre contre les bordels c'est-à-dire maison de prostitution, la mairie de Ouagadougou espère atteindre la prostitution, l'une étant le terreau de l'autre.

Et pour le premier   magistrat de notre commune, Simon Compaoré, l'existence des MC est socialement inacceptable, mais il ne s'agit pas selon lui, à travers cette lutte de mettre fin à la prostitution mais tout  au plus "de permettre aux gens de respirer dans la ville, d'aller et venir, de laisser leurs enfants se balader devant leur cour sans risque de souffler dans des capotes (préservatifs) et de n'être pas réveillés à minuit par des cris de quelqu'un qui violente une femme dans une maison de passe".

Certes, ce n'est pas la volonté de juguler le métier aussi vieux que le monde qui manque.

Et toute tentative de le combattre ressemble à une bataille d'arrière garde. La question qui se pose de savoir  s'il ne serait pas mieux de légiférer sur le phénomène.

 

Agnan Kayorgo

L’Observateur Paalga du 11 février 2008

 

 

Encadré

 

Ce qui dit le Code pénal en son article 427

 

Est puni d'un emprisonnement de 2 à 5 ans et d'une amende de 600 000 FCFA à 1 500 000 FCFA quiconque reçoit habituellement une ou plusieurs personnes se livrant  à la prostitution à l'intérieur d'hôtel, pension, débit de boissons, club, cercle, dancing ou lieu de spectacles ou leurs annexes ou lieu quelconque ouvert au public ou utilisé par le public et dont il est détenteur, gérant ou préposé (...). Dans tous les cas, la décision de condamnation doit ordonner le retrait de la licence dont le condamné était bénéficiaire. Elle peut en outre prononcer la fermture temporaire ou définitive de l'établissement.



11/02/2008
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 998 autres membres