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Sortie d’un ouvrage sur Ado : Dédicace ou campagne politique ?

Sortie d’un ouvrage sur Ado

Dédicace ou campagne politique ?

A personnage singulier, dédicace singulière. C’est par cette formule que l’on peut résumer, en paraphrasant le titre de cet ouvrage intitulé « Alassane Dramane Ouattara, Une vie singulière », la cérémonie de dédicace qui a eu lieu le samedi 18 mai 2008 à Splendid Hôtel.

Une activité qui avait des allures de meeting politique, même si la course vers la présidentielle ivoirienne n’a pas été encore officiellement lancée. A l’entrée de l’hôtel, à l’intérieur et jusque dans les lieux de la cérémonie, des hôtesses tenaient des sacs à l’effigie d’Alassane Dramane Ouattara. C’est la même image qui est également affichée sur les tee-shirts portés par les éléments d’une troupe musicale composée de jeunes étudiants de l’Université de Ouagadougou ; avec cette dénomination prêtant à sourire : les Petits Gazeurs.

Ceux-ci battaient frénétiquement sur leurs tambours. A l’arrivée de Cissé Ibrahim Bacongo, auteur de l’ouvrage « Alassane Ouattara, Une vie singulière », les invités se levèrent et l’acclamèrent jusqu’à ce qu’il prenne place au présidium avec sa suite. Etaient présents dans la salle, un nombre important de journalistes venus de Côte d’Ivoire, sans compter les nombreux membres du comité d’organisation, tant du côté ivoirien que burkinabè. La colonie du pays d’Houphouët au Pays des hommes intègres, surtout les étudiants, n’ont pas aussi monnayé leur présence. Il faut ajouter à ce parterre d’invités, deux présences remarquée : SEM Richard Kodjo, ambassadeur de Côte d’Ivoire au Pays des hommes intègres, et un ministre du Moogho-Naaba, le Baloum.

L’ouvrage produit par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique fait 250 pages et est conceptualisé en deux parties : la légende et l’épopée d’un homme vivant sa singularité. Dans l’œuvre, le personnage, ancien Premier ministre de Côte d’Ivoire et ancien Directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), apparaît comme un héros malgré lui, un homme providentiel qu’Houphouët a appelé pour sauver le pays à une certaine époque. Mais le « sauveur » est visiblement payé en monnaie de singe. Il est considéré comme imposteur en osant revendiquer un trône auquel il n’est pas destiné et c’est la descente aux enfers pour celui qui a accepté de laisser tomber sa grande carrière pour le développement de son pays.

La cérémonie de présentation de l’œuvre détonait surtout de par son organigramme. Il n’y avait point de questions posées à l’auteur comme cela arrive pendant les dédicaces. Les auditeurs en sont réduits à écouter des discours et des séquences de lecture faites par une étudiante en Sciences de gestion. Et les différents intervenants, excepté le représentant de la librairie DIACFA, ont passé leur temps à encenser l’auteur ou son personnage.

Un peu comme le style que l’ouvrage qui est comme un dithyrambe faisant l’apologie du président du Rassemblement des républicains (RDR) que l’on peut résumer par cet extrait à la page 189 : « Au-delà de la légende, la vie d’ADO est une épopée à conter. La force morale et psychologique qu’a Alassane Ouattara, le soutien populaire au plan national et l’aura internationale dont il bénéficie et qui lui permettent de résister aux basses attaques de ses adversaires, aussi bien déclarées que souterraines, pourraient être considérés comme un signe des bénédictions maternelles qui l’accompagnent dans la vie. Sa naissance, son cursus scolaire et universitaire, son parcours professionnel, sa personnalité, ses qualités personnelles et professionnelles, ses amitiés, sa vie familiale, tout prouve qu’Alassane Ouattara est une exception ».

« Je gagne ma vie. Je ne fais pas la courbette »

C’est donc du « Ado, il est grand, beau, intelligent, et généreux ». En plus, il est né un 1er janvier, un jour de réjouissances, coïncidence lourde de symbolisme en Afrique. Même les petits défauts, qui font souvent le charme d’un héros, il n’en a point. Ou du moins, l’auteur n’en fait pas mention dans son ouvrage et donne cette impression agaçante que son personnage n’a que des qualités. Le lecteur qui parcourt donc l’œuvre a comme l’impression que le patron du RDR est un Jésus noir que les siens refusent de reconnaître. Et pourtant ! L’écrivain a-t-il glissé vers le culte de la personnalité ? Celui qui a été premier et unique Directeur de cabinet du premier Secrétaire général du RDR, Georges Djéni Kobenan, et par la suite, Directeur adjoint du cabinet du président Alassane Dramane Ouattara, commence d’abord par douter si celui qui a une telle lecture de l’ouvrage l’a réellement parcouru.

« Je mets au défi quiconque de trouver quelque part dans le livre ce qu’on peut considérer comme un panégyrique, c’est-à-dire le summum du culte de la personnalité. Ceux qui me connaissent savent bien que je ne suis pas de cette espèce. Le jour où j’ai remis le premier exemplaire de l’ouvrage à Alassane Ouattara, j’ai dit devant tout le monde que je n’ai jamais cherché à le rencontrer. Jamais…Au grand jamais. Ce n’était pas ma préoccupation. Je suis universitaire, je suis un intellectuel, je gagne ma vie et il n’y a pas de raison de faire la courbette à qui que ce soit. Ce que je dis dans le livre, ce sont des faits et des témoignages authentiques et rien d’autre ».

Issa K. Barry

L’Observateur Paalga du 17 mai 2008



19/05/2008
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