L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Tchad : La fin ?

Tchad

La fin ?

 

Rideaux sur le 10e sommet de l'UA. A Addis-Abeba, la cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement qui avaient daigné faire le déplacement se sont dit aurevoir, sans qu'on ait alors  aperçu, à un moment ou à un autre, la silhouette du maître de N'Djamena, Idriss Deby.

En dépit des sujets intéressants qui étaient inscrits en bonne place au programme de ce Xe Sommet et de ce cadre propice aux contacts informels, le chef de l'Etat tchadien avait préféré rester à la maison. Pour parer au plus pressé.

En effet, depuis quelques jours, les rebelles tchadiens se font menaçants. Une colonne de 300 véhicules Pick-up pouvant transporter dix à quinze hommes chacun a parcouru quelque 700 km depuis la frontière du Soudan et se trouvait depuis samedi, à l'intérieur de N'Djamena. L'armée tchadienne, partie depuis vers l'est du pays pour tenter de contrer ces rebelles, s'était ravisée en revenant sur ses pas pour sécuriser les faubourgs de la capitale. Et, depuis, les combats faisaient rage dans cette partie du continent, en tout cas jusqu'au moment où nous traçions ces lignes.

Et en dépit de la ceinture érigée par les forces régulières autour de la capitale, les rebelles ont percé le verrou pour se retrouver dans certains quartiers de la capitale pour ne pas dire aux abords de la présidence.

Après une nuit relativement calme, les combats avaient repris hier matin ; des tirs qui seraient surtout concentrés au sud de la ville au moment où le président Deby serait toujours retranché dans son palais,  d'où il dirigerait les opérations. Les rebelles tchadiens déclaraient hier avoir pris le contrôle de la radio nationale sans avoir pu pour autant jusque-là diffuser de communiqués indiquant leur mainmise sur le pouvoir, se contentant juste de lâcher quelques informations sur des chaînes internationales.

Bref, la situation restait confuse dans le pays. Et plus que jamais, N'Djamena vit des journées de braises, voire d'ébullition.

Depuis son accession au pouvoir en 1990, Deby en a vu des vertes et des pas mûres, mais ce coup-ci semble être le plus dur tant par le nombre des assaillants, leur inébranlable volonté à en finir avec le pouvoir en place que par la quantité et la qualité de la logistique des rebelles.

En effet, c'est la première fois que les trois principaux groupes armés tchadiens, dirigés par Mahamat Nouri, Timan Erdemi et Abdelawahid Abou Makaye, tous farouchement opposés au système Deby, se coalisent pour porter des coups fatals au pouvoir à N'Djamena. Et ils semblaient si sûrs de leur affaire, ces rebelles tchadiens, que c'est à visage découvert qu'ils ont parcouru les 700 km qui séparent leur base de N'Djamena, avec, en prime, une offre de partage du pouvoir, adressée à Deby, lequel l'a naturellement rejetée d'un revers de main.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'histoire se répète : on se souvient en effet qu'en avril 2006 une rébellion venue du Soudan avait traversé tout le pays et lancé l'assaut sur N'Djamena. Et avec le soutien logistique et une aide en matière de renseignements de la France, Deby avait réussi in extremis à mettre en déroute les troupes rebelles et à sauver du même coup son trône. Alors, quelle sera l'attitude de la France ce coup-ci ?

Hervé Morin, le ministre français de la Défense, qui achevait jeudi soir une visite de 36 heures aux USA, est resté bien sibyllin sur la question. En effet, interviewé par des confrères, le responsable du département de la Défense avait tout simplement dit que son pays "remplirait ses engagements à l'égard du Tchad". Mais, dans son entourage, on se voulait encore un peu plus précis en disant que la France "s'en tiendrait à son accord avec le Tchad, qui prévoit un soutien logistique et une aide  en matière de renseignement".

Qui connaît le rôle majeur des renseignements dans une guerre sait qu'une fois de plus la France pourrait voler au secours de Deby, même si, jusqu'à hier dans la journée, l'entrée des rebelles à N'Djamena montrait que l'Hexagone hésitait encore à franchir le pas. Alors cela signifie-t-il que l'aviation française ne sera pas cette fois-ci (contrairement à 2006) mise en branle pour aider le régime Deby ?

Rien n'est moins sûr, car, le dimanche, dans la matinée, des mirages F1 de l'armée française, auparavant cloués au sol, avaient commencé à survoler à basse altitude la capitale tchadienne.

Peut-être bien que l'arrivée de Nicolas Sarkozy aux affaires va changer la donne et qu'avec le successeur de Jacques Chirac, ce sera une nouvelle page de la Françafrique.

Il y a deux ans, les militaires français avaient joué un rôle décisif dans le maintien du même Idriss Deby, leurs avions de combat ayant alors suivi tous les mouvements des rebelles, écouté leurs conversations au profit de N'Djamena.

Mais si la France de Sarkozy semble traîner les pieds pour apporter un franc soutien au successeur d'Hissène Habré, le Soudan, lui, ne marchande aucunement son soutien indéfectible aux rebelles tchadiens.

Et c'est à une véritable conquête du pouvoir à N'Djamena que s'est pleinement consacré le président soudanais, Oumar El Béchir, l'ennemi juré de Deby. Pour pousser une fois pour toutes le chef d'Etat tchadien vers la sortie, Khartoum, qui avait fortement appuyé Mahamat Nouri en 2006, a insisté pour que les chefs rebelles aillent cette fois à l'unisson à cette "ultime" guerre contre l'indésirable président. Et c'est dans cette perspective qu'il n'a pas hésité à mettre la main à la poche pour la logistique.

Mieux, il a insisté pour que les rebelles arabes, gorans et zaghawas, tous hostiles au n°1 tchadien, l'attaquent de concert.

En adoptant cette stratégie, Oumar El Béchir a un triple objectif :

- d'abord, il veut une fois pour toutes chasser Deby du pouvoir afin de couper l'aide que le Tchad apporte aux rebelles du Darfour...

- ensuite, il ambitionne d'empêcher coûte que coûte le déploiement du dispositif européen dans l'est du Tchad avant la saison de pluies. Il était prévu, pour l'Eufor Tchad  - République centrafricaine, le déploiement d'une force européenne de 3 700 soldats dans l'ouest du Soudan. Un redéploiement qui est remis à plus tard, jusqu'à mercredi selon certaines sources, en raison de la résurgence de la guerre au Tchad,  ce qui fait bien l'affaire d'El Béchir ;

- enfin, le président soudanais entend en finir définitivement avec Deby qui lui tient tête et qui reste une grosse épine à son pied. Ainsi, il pourra gérer le Darfour comme bon lui semble.

Seigneur de guerre qui a pris le dessus sur son acolyte Hissène Habré en 1990, le général Idriss apprendra aussi à ses dépens que seule la démocratie peut le sauver un régime du naufrage.

Dans son premier discours de chef d'Etat, après avoir contraint son prédécesseur à l'exil, Idriss Deby, en pseudo-démocrate, ne déclarait-il pas au peuple tchadien :  "Je ne vous ai apporté ni or, ni argent, mais la liberté" ? Mais, au fil du temps, son régime sera barbare du moins autant que celui de celui qu'il avait éjecté du fauteuil, en matière de violations des droits de l'homme. C'est pour cela que N'Djamena sera sévèrement épinglée dans le rapport 1994 d'Amnesty international. Parmi les faits incriminés, figurent les arrestations, les jugements arbitraires d'opposants, des liquidations dans l'ombre de quelques démocrates, le tout sur fond de guerre entre clans rivaux. Alors Deby pourra-t-il une fois encore reconquérir son pouvoir ?

Rien n'est moins sûr. Peut-être qu'au moment où vous nous lisez la situation s'est éclaircie au profit de l'un ou l'autre camp. Mais quoi qu'il en soit, une leçon est à retenir : l'Afrique a mal à ses roitelets, prêts à tout pour s'éterniser au pouvoir.

 

La rédaction

L’Observateur Paalga du 4 février 2008



04/02/2008
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