L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Toussaint Abel Coulibaly : "L'acharnement contre l'UPR, c'est de la jalousie"

Toussaint Abel Coulibaly

"L'acharnement contre l'UPR, c'est de la jalousie"

Le président de l'Union pour la République, Toussaint Abel Coulibaly, n'est pas content. Depuis les dernières législatives, son parti et lui ont fait l'objet d'attaques indirectes dans la presse. L'homme a bien voulu répondre à nos questions sur les dossiers qu'il traînerait en justice, la commémoration des 20 ans de renaissance démocratique, et la saison hivernale.

Comment va votre parti, l'UPR, depuis les élections législatives de mai 2007 ?

Toussaint Abel Coulibaly :L'UPR va bien, contrairement à des opinions que j'ai pu lire dans la presse. Nous sommes en train de nous renforcer même si aux dernières élections nous n'avons pas atteint les résultats que nous escomptions. L'implosion dont on entend parler est le fruit de l'imagination de certaines personnes.

Le Burkina a eu un nouveau Premier ministre ; votre parti a-t-il été consulté en tant qu'un des poids lourds de la mouvance présidentielle?

En réalité, nous n'avons pas été consulté. A ceux qui m'ont posé la question, j'ai toujours dit que l'entrée au gouvernement d'une personnalité relevait du pouvoir discrétionnaire du chef de l'Etat. Ce pouvoir discrétionnaire ne se commente pas. Après les élections législatives, certains membres ou alliés de l'UPR ont entrepris des démarches solitaires. Nous étions en coalition et le porte-parole de cette coalition, c'est le parti le plus représentatif de cette coalition. Je crois que s'il y avait consultation, le président que je suis aurait été consulté. Je n'ai donc pas à faire des démarches pour cela. J'ai su plus tard que des membres de la coalition UPR ont fait des démarches sous prétexte qu'ils connaissent mieux les décideurs.

Des noms?

Non, je ne peux pas vous en donner. Ils se reconnaîtront eux-mêmes.

Mais il semble pourtant que vous aviez fait des démarches dans ce sens ...

On m'a accusé d'avoir fait de telles démarches. Ceux qui soutiennent ces accusations me connaissent mal. Pour moi, rien ne se donne, tout s'acquiert. Si on ne nous a pas consulté, c'est parce que certains parmi nous ont devancé l'iguane dans l'eau. Ceux qui l'ont fait l'ont appris à leurs dépens. Entrer au gouvernement ne doit pas être une fin en soi. Nous avons des cadres qui peuvent y être. Et en tant que parti, nous devons faire leur promotion si l'opportunité se présente. On peut servir son pays là où on est. Moi je suis bien actuellement dans ma peau de député.

La rumeur dit que auriez pu faire partie du gouvernement, mais que vous aviez trop de dossiers sur le dos? Qu'en est-il exactement?

Les rumeurs sont les rumeurs, la réalité est tout autre. Comme vous, j'ai connaissance desdites rumeurs. Cependant, mon éducation et mon tempérament ont fait que je n'en ai jamais parlé. Maintenant que vous me posez la question, je vous remercie pour l'opportunité que vous me donnez de faire la lumière sur ces allégations tendant à ternir mon image. Je dois dire à ceux qui font courir ces rumeurs qu'ils ont intérêt à arrêter car dans la vie, chacun a son destin. Quand je suis revenu de la Côte d'Ivoire après plus de 20 ans passés dans ce pays, ils étaient toujours au Burkina Faso. Donc, je ne suis venu prendre la place de personne. Je me suis frayé un chemin à la "force du poignet" en comptant d'abord sur Dieu et sur moi-même. Je suis arrivé le 30 décembre 1993 et le 6 mai 2002 j'ai été élu député. Ce n'est certainement le fait de quoi que ce soit, excepté les populations du Mouhoun qui m'ont fait confiance et la volonté de Dieu. Revenons aux fameuses rumeurs. Voici ce qu'il en est. Après la maîtrise en Droit à l'université d'Abidjan, j'ai passé par l'Ecole de procédure tout en exerçant dans une Etude d'huissier de justice à Abidjan avant de poursuivre à Soubré. Là-bas, j'alliais travail et politique car j'y ai été adopté par feu Charles Banza Donwahi auprès de qui j'ai passé une dizaine d'années et suis devenu son homme de confiance, souvent confondu aux adjoints au maire. Il a été député-maire pendant deux décennies puis, président de l'Assemblée nationale après mon départ. J'ai été conseiller juridique au Consulat honoraire du Burkina à Soubré et le consul, M. Zoundi, peut vous dire ce que je représentais pour ce grand homme politique ivoirien. Malgré tout cela, je n'ai jamais tourné le dos à mon pays. J'ai pris une part active à l'organisation de l'accueil de personnalités burkinabè ainsi qu'à l'ouverture officielle du Consulat par M. Léandre Bassolet, alors ambassadeur du Burkina en Côte d'ivoire. Une fois au Burkina Faso, j'ai travaillé de 1994 à 1997 aux études de Mes Abdoulaye Ouédraogo et Ali Dao, tous deux huissiers de justice à Ouagadougou. Ils sont de la 1re promotion, je suis de la 2e promotion d'huissiers.

Ils sont encore vivants et peuvent vous dire quel genre de collaborateur j'ai été. Ce sont du reste les deux études qui ont vite émergé du lot. Certaines formes rédactionnelles des actes d'huissier de justice qui n'étaient pas connues ici ont été apportées par moi. Je les ai quittés libre de tout engagement pour m'installer à mon propre compte. Mais, je n'ai pas eu la même chance qu'eux. A partir de notre promotion, certains huissiers étaient titulaires de la maîtrise en Droit, voire des clercs d'huissiers. De tous les collaborateurs que j'ai recrutés, seul Nacoulma Issouf est encore là et c'est à lui que j'ai confié l'Etude avec la supervision d'un collègue, conformément aux textes en vigueur. Je l'ai formé et croyez-moi, il est à ce jour très au fait des procédures autant que les titulaires de charges. De nature, je fais confiance aux gens et c'est ce qui m'a été préjudiciable.

Tous mes ex-collaborateurs sont partis après avoir recouvré des sommes à mon insu. La méthode était la même pour tous. La confiance que j'avais en eux leur permettait de délivrer des reçus provisoires aux débiteurs qui voulaient effectuer des règlements et ceux-ci devaient se faire établir les reçus définitifs par moi-même au cabinet. Ils délivraient de ce fait des reçus provisoires sur des feuilles préalablement cachetées. Tous les actes étant cachetés et soumis à ma signature, ils en profitaient pour mettre le tampon sur des feuilles vierges. C'est ainsi qu'ils ont perçu des sommes relativement importantes et sont partis pratiquement au même moment sous d'autres cieux.

Du fait de ma responsabilité civile engagée, j'ai été appelé en garantie pour régler ce qui était devenu des dettes pour moi. Cela s'est passé depuis, entre 1998 et 2000. Lesdites créances ont été soldées, soit par moi-même, soit par le clerc assermenté Nacoulma Issouf qui gère actuellement mon Etude qui, il faut le dire, est l'une des plus stables du pays. Avant d'être élu député, j'étais président de la Chambre régionale des huissiers de justice de la cour d'appel de Ouagadougou (chambre disciplinaire de la chambre nationale). Croyez-vous que mes collègues parmi lesquels mes anciens employeurs auraient élu celui que l'on dépeint dans les rumeurs ?

Pourquoi s'acharnerait -on contre votre personne?

Il y a de la jalousie à deux niveaux. D'abord, parmi mes collègues certains n'ont pas "digéré" que le dernier venu parmi les huissiers de justice du pays se retrouve au niveau où je suis. Ils ont poussé des personnes à écrire au ministre de la Justice de l'époque pour demander la levée de mon immunité parlementaire pendant que l'on avait tout le loisir de me poursuivre avant que je ne sois à l'Assemblée nationale si la situation était celle que l'on veut faire croire. Mes collaborateurs ont commis des malversations, j'en ai assuré la responsabilité en régularisant les cas litigieux et ça s'arrête là.

Dans un second, il y ceux qui disent être mes adversaires politiques. Ils entretiennent cette situation bien qu'elle ne soit plus d'actualité comme des dossiers qu'ils détiennent sur moi. Mais, je n'userai pas les mêmes méthodes qu'eux car, j'en sais aussi sur leur gestion des deniers publics pour avoir occupé des responsabilités dans ce pays. Je n'ai jamais travaillé à la Fonction publique, ni occupé un poste autre que la gestion de mon Etude et s'il y a "affaires" c'est plutôt de leurs côtés. Ils doivent tous savoir, cependant, qu'à force de s'occuper de ce que font ou ne font pas les autres, l'on se rend compte au soir de sa vie, qu'on a vécu inutilement.

Moi, je me consacre à l'essentiel mais ils doivent savoir que les lâches et les traîtres finissent par payer ici bas. Mon Etude a été souvent commandée par des ex-collègues ivoiriens pour des dossiers, j'ai fait des recouvrement de près de 100 000 000 F pour l'ex-BRCB entre autres. Quand j'ai personnellement traité les dossiers, il n'y a jamais eu de problèmes. Je voudrais que ceux qui font courir ces rumeurs agissent à visage découvert et cessent d'être lâches. Même dans ma circonscription électorale, ils on a fait courir les mêmes rumeurs, mais comme les gens me connaissent assez bien, cela n'a pas eu les effets escomptés. Quand on avalise un cousin auprès d'un organisme de crédit et que ledit organisme à un moment se retourne contre vous pour cause de défaillance du contractant, ce n'est pas de la malhonnêteté. C'est toujours les conséquences de la confiance aux autres. Voilà détaillés les fameux dossiers que ces personnes de l'ombre disent détenir contre moi. Je suis huissier de justice, astreint à la réserve, sinon je vois passer des dossiers de créances et autres et si l'on devait sortir des dossiers ce serait eux qui auraient des mauvaises surprises.

Vous n'avez donc rien à vous reprocher?

En ce qui me concerne, j'ai la conscience tranquille et je mets mes détracteurs au défi de m'attaquer à visage découvert. C'est avec plaisir que je suivrai leurs exemples. Les luttes politiques et professionnelles doivent être saines et dénuées de toutes ces lâchetés et trahisons mais si cela devenait la règle, je suis légaliste et m'y conformerais, nul n'ayant le monopole du chantage. C'est pour rester digne que je préfère m'abstenir d'utiliser ces méthodes pour avoir les yeux fermés quand je rendrai mon ... dernier souffle car, les lâches et les traites meurent toujours les yeux ouverts. Que Dieu nous en garde et aide ces malheureux à retrouver le chemin de la dignité car le Burkina Faso a besoin de tous ses fils pour son développement.

Vous êtes de la mouvance présidentielle ; comment êtes-vous organisés à l'Assemblée nationale?

Nous sommes dans le groupe parlementaire CFR où l'UPR est le premier parti avec 5 députés. Il y a ensuite la CFDB avec 3, le RDB avec 2 députés. Ces partis sont de la mouvance présidentielle. Mais le groupe CFR est composé d'autres partis qui ne sont pas de la mouvance présidentielle. Ils y sont par affinité avec le groupe.

Si vous êtes de la mouvance présidentielle, vous étiez alors de la commémoration des 20 ans de renaissance démocratique?

Tout à fait ; partout où l'UPR est représenté nous y avions contribué à notre façon. Selon les échos qui nous parviennent, notre participation a été appréciable. L'organisation de cette commémoration a regroupé le parti majoritaire, ceux de la mouvance, les partis qui soutiennent le programme du président du Faso et toutes les associations qui soutiennent son programme.

Que répondez-vous à ceux qui disent que cette commémoration est contre l'alternance?

Moi je suis de ceux qui ont été surpris du contenu de la commémoration. J'ai fait plus de deux décennies hors du pays ; je n'ai donc pas été un acteur de tout ce qui se raconte. J'ai donc découvert beaucoup de choses et c'est déjà instructif d'un point de vue de la connaissance de faits et de l'histoire. Sur l'alternance, cette commémoration démontre que l'alternance est possible. Ça dépend de quelle alternance on parle. Il y a eu la Révolution , puis la Rectification et le Front populaire. Aujourd'hui, nous sommes dans la quatrième république qui est à sa quatrième législature sans discontinuer. C'est une autre forme d'alternance. Avant ça, dans notre pays, l'alternance, c'était des coups d'Etat. Et puis on peut alterner sans avoir besoin de changer les gens qui sont au-devant des choses. L'alternance peut concerner la façon de gérer le pays. Dans ce sens, il y a eu plusieurs alternances pendant les 20 ans que nous avons commémoré. L'alternance se construit ; elle ne se décrète pas dans un bureau.

Les contradicteurs de cette thèse disent que 20 ans ça crée de mauvais réflexes et qu'il faut limiter la durée d'un homme au pouvoir...

Je suis de ceux qui pensent qu'il faut lutter pour la démocratie et que la seule façon d'accéder au pouvoir, ce soit par des élections libres et transparentes. S'il a l'adhésion populaire je ne vois pas où se trouve le problème. Ce n'est pas forcément le changement de personne qui fait qu'on avance. C'est le travail pour améliorer les conditions des populations qu'il faut regarder. Il ne faut pas importer une vision de l'extérieur qui n'est pas toujours adaptée à notre contexte. Pour moi, l'alternance viendra seule si alternance il y a. Je ne suis pas de ceux qui sont pour la limitation des mandats, de l'alternance pour l'alternance.

En Afrique, cette transparence des élections n'est pas toujours garantie, donc cela fausse la représentation....

Je suis d'accord avec vous ; mais c'est toujours mieux que les coups d'Etat. L'organisation des élections est un processus qu'on améliore à chaque scrutin et tout le monde est partie prenante de son bon déroulement. C'est un moyen pour stabiliser nos Etats, parce que sans cela, il n'y a pas de développement. Nous avons tous intérêt à ce que les élections soient propres.

Un mot sur le bilan de la campagne agricole?

Indépendamment des données fournies par le gouvernement, je pense qu'en tant qu'élu du peuple, nous devons faire le constat au cas par cas et faire remonter les besoins des populations au niveau central afin que les solutions idoines y soient trouvées. Toujours est-il que rares sont les provinces qui ne sont pas touchées d'une façon ou d'une autre par les intempéries (inondations et manque de pluies). Dans certaines zones, il faut s'attendre à une forte demande de soutien. Au Mouhoun par exemple, j'ai pu me rendre compte que certains agriculteurs ne récolteraient pas grand chose.

Propos recueillis par Abdoulaye TAO

Le Pays du 16 novembre 2007



16/11/2007
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