L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Trente-trois milliards pour un trône contesté

Investiture d'Umaru Musa Ayar'Adua

Trente-trois milliards pour un trône contesté

 

Dès le lendemain de la présidentielle et des législatives tenues au Nigeria le 21 avril 2007, ce fut presque unanimement que la communauté internationale rejeta, si on peut ainsi dire, les résultats qui sortirent des urnes. Motif invoqué, entre autres, les fraudes à l'échelle de la fédération et opérées à ciel ouvert. Pas donc étonnant que celui qui fut déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel, le poulain du président sortant, Umaru Musa Ayar'Adua, reçoive seulement l'onction des mains d'une quinzaine de ses désormais pairs à l'occasion de son investiture qui s'est déroulée le mardi 29 mai, dans l'enceinte du légendaire Eagle Square d'Abuja.

Une cérémonie pour laquelle, dit-on, plus de 33 milliards de FCFA ont été mobilisés.

 

Ce 29 mai, peu  avant 10 heures, alors que nous arrivons sur les lieux devant accueillir l'événement, difficile de se frayer un passage jusque dans l'enceinte de la Place de l'aigle (NDLR : Eagle Square pourrait se traduire ainsi, l'aigle étant le symbole du Nigeria comme l'est l'étalon pour notre pays). Même l'escorte présidentielle, pourtant bien officielle, doit jouer des coudes pour y accéder, tant un désordre monstre règnait à l'entrée.

De nombreux Nigérians tenaient à suivre l'événement en live ; et pas même les folies de la cavalerie ou le recours à des chiens policiers ne les en dissuadaient. Nous dûmes donc jouer des biceps comme tout le monde pour être des privilégiés du jour.

En attendant le moment "fatidique", nous assistons à des prestations scéniques de scolaires et à des démonstrations acrobatiques d'agents motorisés des services de sécurité. Et ceci, bien loin de la tour vitrée réservée aux hôtes de marque, la place prévue pour la presse étant le plein air,  heureusement sous un soleil assez clément, mais  tout de même accompagné d'une chaleur moite.

 

Le tout en 90 minutes

 

Il est 10 heures quand le côté officiel des choses se dessine : montée des drapeaux (Nigeria et People democratic party (PDP)), intervention du maître de céans pour annoncer le programme de la cérémonie... En fait, un rituel presque identique dans tous les pays africains. Vingt minutes plus tard, Umaru Yar'Adua prête serment sur le Coran et devient ainsi le 2e président de la 3e République fédérale du Nigeria. Puis, il prend un engagement solennel devant son peuple et la  Communauté internationale de respecter scrupuleusement la Constitution de son pays. Il est salué pour cela par 21 coups de canon, tirés, on s'en doute, à une distance non inquiétante, mais qui ne manquent pas de faire tressaillir certains confrères qui se bouchent les oreilles. Il s'ensuit alors la toute première intervention en sa qualité de premier Nigérian, la revue des troupes, la bénédiction du tout nouveau président par les représentants des communautés religieuses, etc.

A 11h 30 mn (12h 30 heure locale), l'hymne retentissait de nouveau, signifiant la fin du cérémonial.

Mais que retenir de ces quelques instants solennels ?

Si les conditions ne nous ont pas permis de dénombrer exactement les présidents qui ont tenu à faire le déplacement d'Abuja, ils seraient, selon des recoupements, moins d'une quinzaine. Evidemment, Thabo Mbeki en était l'icône, lui qui, face au silence éloquent de ses pairs suite à l'élection pas propre de Yar'Adua, ne s'était pas muni de gants pour le féliciter de sa victoire démocratiquement acquise. On citerait volontiers les présidents sénégalais, Abdoulaye Wade ; tchadien, Idriss Deby ; bissau-guinéen, Joao Bernardo et, bien sûr, le nôtre, Blaise Compaoré, en sa qualité de président en exercice de la CEDEAO. Au titre des représentants dignes d'être cités, nous avons le Premier ministre ivoirien, Guillaume Soro, et l'émissaire du président chinois, Hu Jialu, dont on dit qu'il est un grand défenseur de la cause nigériane. Ce ne serait donc pas un simple hasard que, parmi les personnalités reçues en tête-à-tête, Hu Jialu soit cité en bonne place.

Ajoutons à cette solennité la franche poignée de main (NDLR : c'est l'avis d'un septuagénaire nigérian qui était au lieu de la cérémonie et qui nous l'a confié) entre le président sortant, Olusegun Obasanjo, et son dauphin entrant, Umaru Musa Yar'Adua. Pouvait-il en être d'ailleurs autrement quand on sait ce qui lie les deux hommes ? Permettons-nous un peu d'histoire.

 

Le petit frère de mon ami est mon successeur

 

C'est en 1951 que le second nommé vint au monde à Katsina. Après son secondaire, il entame des études en chimie à l'université Ahmadu Belo (Zaria) avant de devenir enseignant. Ses premières armes politiques, il les acquiert à l'occasion des élections de mai 1999 au cours desquelles il devient le gouverneur de Katsina, au même moment où l'ami de son grand frère, feu le richissime général Shehu Musa Yar'Adua, prenait les rênes du pouvoir au Nigeria. Vous l'aurez deviné, il s'agit d'Olusegun Obasanjo. Depuis lors, tout semble aller comme sur des roulettes nigérianes : après la vaine tentative d'Olusegun de s'éterniser au pouvoir par Constitution modifiée, il positionna (c'est bien le terme) Umaru Yar'Adua.

Celui-ci, lors des primaires internes du PDP, reçut l'onction de 3024 grands électeurs sur les 4000, reléguant du même coup ses 11 adversaires au second rang.

Il avait, à l'occasion, comme colistier Goodluck Jonatan de l'Etat de Bayelsa qui, assurément, a de la chance puisque, depuis le 29 mai dernier, il joue le rôle ô combien stratégique de vice-président du Nigeria.

Quand vinrent les joutes électorales, le gouverneur de Katsina avait face à lui 25  adversaires dont les plus sérieux ont pour noms : le général Muhammadu Buari de l'ANPP (Parti de tout le peuple nigérian) et le Pr Atiku Abubakar de l'AC (Action congress). Ces derniers recueilleront respectivement 6,6 millions et 2,6 millions de voix face à leur challenger qui en engrangera 24, 6 millions, s'ouvrant ainsi les portes du palais. Ce qui fut fait ce mardi 29 mai malgré les nombreuses déclarations de la Communauté internationale par observateurs interposés faisant état de fraudes à même de décrédibiliser le scrutin, ce que le bénéficiaire ne conteste d'ailleurs pas.

 

O. Sidpawalemdé

L’Observateur Paalga du 31 mai 2007

 

Encadré

Banque islamique de développement

Un Fonds pour éradiquer la pauvreté est né

 

Après l'investiture d'Umaru Yar'Adua, le président Blaise Compaoré était dans la capitale sénégalaise dans la soirée. Il y réunissait la 32e Commission de la Banque islamique de développement (BID). Cette institution, qui a vu le jour en 1975, regroupe plusieurs Etats issus des milieux arabes, asiatiques et africains, œuvre pour le bien-être des populations à travers des actions multiformes. A l'occasion de cette session, il a été procédé au lancement des souscriptions pour le Fonds d'éradication de la pauvreté. Si les grands pourvoyeurs comme l'Arabie Saoudite et le Koweit n'ont pas marchandé leurs souscriptions, les moins nantis ont aussi promis, comme l'a dit la fourmi rouge, de donner ce qu'ils pouvaient donner. C'est le cas du Sénégal, 10 millions de dollars US, et notre pays qui, à travers son ministre de l'Economie, Seydou Bouda, s'est engagé à cracher 2,2 millions de billets verts dans les caisses du Fonds pour contribuer, à sa façon, à l'éradication de ce fléau que lui-même vit au quotidien.

 

O.S.



30/05/2007
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