L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Tuberculose et VIH : Un duo mortel

Tuberculose et VIH

Un duo mortel

 

Vieille maladie infectieuse, contagieuse, mais guérissable dont le germe a été découvert par l'Allemand Robert Koch le 24 mars 1882,  la tuberculose prend de l'ampleur de nos jours avec l'infection à VIH. Dans le but de contribuer à la sensibilisation des populations à cette pathologie, nous l'avons choisie comme sujet de votre Carnet de santé du jour en rencontrant le Dr Ki Célestine, médecin-pneumologue, chargé du programme tuberculose à la coordination du Projet Fonds Mondial du SP/CNLS.

 

S.S.  toussait et crachait depuis  plus d'un mois. Au lieu de se rendre dans un centre de santé, il a préféré  l'automédication, et son mal ne faisait qu'empirer. Il souffre en réalité d'une tuberculose pulmonaire, qui est une "maladie infectieuse, contagieuse due à un microbe appelé bacille de Koch (BK), qui tient son nom du scientifique qui l'a découvert (Robert Koch)".

Selon le Dr Ki, des lésions de tuberculose ont été retrouvées sur des momies égyptiennes. C’est dire que cette maladie existe depuis l’antiquité. Tous les organes du corps humain sont succeptibles d’être le siège de la tuberculose. On décrit deux formes à cette maladie, en fonction de l’organe atteint : la forme pulmonaire, qui atteint les poumons ; et les formes extrapulmonaires, qui sont localisées dans tout organe autre que le poumon, par exemple les os, la peau, les ganglions, les intestins, le rein, les organes génitaux, etc.

La forme pulmonaire est, de loin, la plus fréquente. C’est essentiellement cette forme aussi qui est  contagieuse.

 

Le premier signe qui donne l'alerte à la tuberculose pulmonaire est la toux. Lorsqu'un malade tousse et crache pendant plus de deux semaines, il doit se rendre dans un  centre de santé pour bénéficier d'un examen des crachats. Souvent ce n'est malheureusement pas le cas. Du coup, le patient deviendra un danger permanent pour son entourage, avec son mal, qui est  contagieux. "La tuberculose, indique le Dr Ki Célestine, se transmet, comme un rhume, par la respiration. Lorsqu'un tuberculeux bacillifère (qui crache des BK) tousse, rit, éternue ou parle, il émet de petites gouttelettes de salive, qui contiennent le germe de la tuberculose. Celles-ci, au contact de l’air, sèchent et y restent en suspension.  Une personne qui respire l’air de cet environnement contaminé est ainsi infectée".  C'est dire qu'à tout moment, n'importe qui peut attraper le bacille de Koch.

 

La tuberculose est la première cause de décès chez les séropositifs

 

Avec l'infection à VIH, comme nous l'écrivions plus haut, la tuberculose prend de l'ampleur. 30% des cas de tuberculose sont dus au VIH dans la zone afro, estime l'OMS. Dans certains pays d'Afrique subsaharienne, 60% des malades de la tuberculose sont également infectés par le virus du Sida. Le Dr Ki Célestine explique la raison : "Inhaler l'air contaminé ne signifie pas qu'on devient automatiquement malade de la tuberculose. En effet, dès que le germe de la tuberculose pénètre dans l’organisme, les défenses de cet organisme se mettent en branle et essaient de le mettre sous contrôle voire même de le tuer. On est  donc infecté, et dans 90% des cas (en dehors de toute infection à VIH), on le reste toute la vie sans développer la maladie. Pour qu’une personne développe la maladie, il faut certains facteurs favorisant dont le premier, le plus puissant, est l'affaiblissement de son système de défense. Les "soldats" de son corps diminuent en nombre et en efficacité. La victime  passe de l'infection à la maladie. Or, la maladie par excellence, qui dégrade le système immunitaire de l'homme, c'est le VIH/Sida. Si le risque de développer la tuberculose chez une personne infectée uniquement par le Bacille de Koch est de 10% toute sa vie, il est aussi de 10%, mais chaque année, chez une personne doublement infectée par le VIH et le bacille de Koch. La tuberculose est aussi la première cause du décès des personnes infectées par le VIH".

 

La tuberculose est un problème de santé publique au Burkina Faso. Le Rapport 2007 de l'OMS estime qu'il survient 99 cas de tuberculose pulmonaire contagieuse pour 100 000  habitants dans l'année au Faso. Toutes formes confondues, le chiffre est de 223 cas pour 100 000 habitants.

"En terme de notification, explique la spécialiste, c'est-à-dire ce  que les structures de santé au Burkina détectent et mettent en traitement, les statistiques sont largement en deçà des estimations de l'OMS".

Ainsi, en 2006, on notait  2 656 cas de tuberculose pulmonaire contagieuse et environ 3 700 pour toutes les formes confondues.

Environ 71% de ces cas ont été traités avec succès.

 

Une tuberculose à la peau dure

 

Selon les explications du chargé du programme tuberculose à la coordination du Projet Fonds mondial, depuis une dizaine d’années, le pays notifie environ une dizaine de cas de tuberculose qui résiste aux traitements à base de médicaments essentiels. Mais ces deux dernières années, il y a eu une explosion du nombre de cas, passant d’environ 30 en 2005 à environ 60 en 2006. Ce sont des cas chroniques de tuberculose. 

"En pratique, il y a au Burkina deux lignes de traitement. La première est appliquée pour les nouveaux cas de tuberculose et la deuxième, lorsque la première ne donne pas le résultat escompté. Si cette deuxième ligne de traitement est aussi un échec, on est alors en face d’un cas chronique de tuberculose. La majorité de ces cas chroniques de tuberculose sont des cas de tuberculose multirésistante, c'est-à-dire des cas dont le germe est résistant à deux antituberculeux essentiels et majeurs que sont la Rifampicine et l’Isoniazide. Ce diagnostic de tuberculose multirésistante n’est fait qu’au laboratoire de référence  après la mise en culture des crachats et des tests de senibilité du germe isolé aux différents antituberculeux.

Devant ces cas de tuberculose multirésistante, l’OMS recommande des médicaments dits de 2e ligne. Le schéma probabiliste que le Burkina applique est recommandé par l’OMS et dure 21 mois dont 6 avec des injections quotidiennes. Deux inconvénients sont tout de même à relever : le prix exhorbitant de ce traitement et les effets secondaires toxiques de ces médicaments, que le malade doit supporter en général, car étant la dernière arme existant  pour éviter le décès. 

La tuberculose est un mal préoccupant. Mais ce qui est rassurant, c'est que les moyens de lutte sont connus depuis sa découverte le 24 mars 1882. "Le moyen le plus efficace et le plus efficient, c'est de dépister et de guérir les cas de tuberculose, surtout les cas contagieux... Cela permet de tarir la source de contamination et de rompre la chaîne de transmission",  explique le Dr Ki, qui ajoute que l'éducation pour la santé doit être renforcée afin de faire changer de comportements aux populations. Car, soutient-elle, la tuberculose est une maladie de la pauvreté, qui est fréquente en milieu urbain dans les zones où les conditions de vie sont précaires et où l’hygiène, notamment l’hygiène de la toux est insuffisante.

"Il faut alors sensibiliser les gens afin qu'ils se fassent dépister précocement, c'est-à-dire s'ils toussent depuis plus de deux semaines, et soigner, gratuitement (examens et médicaments), au lieu de dépenser des fortunes dans des médecines qui ne sont pas toujours performantes",  conclut-elle.

 

Adama Ouédraogo Damiss

L’Observateur Paalga du 15 mai 2007



15/05/2007
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