L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Un mauvais présage pour l'Eufor

ENLEVEMENT D'UN SOLDAT FRANÇAIS AU SOUDAN

Un mauvais présage pour l'Eufor

 

Lundi dernier, un soldat français appartenant à la force européenne dont la mission est de sécuriser une zone frontalière entre le Tchad, la Centrafrique et le Soudan, a été porté disparu. Il aurait, par inadvertance, traversé la frontière soudanaise avec un autre soldat français ; un accrochage aurait eu lieu, suite auquel son camarade, qu'on a pu récupérer, a été blessé, et lui est resté introuvable. Aux dernières nouvelles, un corps qui pourrait être celui du soldat disparu a été retrouvé. Difficilement mise en place fin janvier, l'Eufor connaît ainsi ses premières difficultés. Il faut dire que cela ne faisait pas l'ombre d'un doute : on savait que cette mission serait périlleuse, pour plusieurs raisons.

D'abord le contexte dans lequel la force européenne doit opérer est d'une complexité extrême : trois frontières, trois Etats dont les régimes sont en butte à des oppositions armées, et qui sont loin d'être des champions du respect des principes démocratiques et des droits de l'homme, des milices plus ou moins sous contrôle et, selon toute apparence, instrumentalisées par des pouvoirs dictatoriaux pour créer et entretenir des tensions, du pétrole dont on sait qu'il suscite toutes sortes de convoitises et qu'il engendre bien des conflits, la guerre civile...

Ensuite l'attitude des différentes forces en présence face au déploiement de la structure militaire européenne. Comme on le sait, le gouvernement soudanais et les milices qui sèment la terreur jusque dans les camps de réfugiés, y sont hostiles. En effet, les forces du général Patrick Nash ont pour mission d'être des empêcheurs de terroriser en rond. On peut supposer qu'ils ne ménageront pas leur peine pour faire monter la tension et amener l'Eufor à l'échec. Quant au président Idriss Déby, on sait que jusqu'à une date récente, il n'a pas manifesté beaucoup d'enthousiasme pour la mise en place de l'Eufor. On le comprend : un régime peu regardant sur les droits de l'homme, qui nie l'évidence de la présence des enfants soldats dans les rangs de son armée, ne peut voir que d'un mauvais oeil, la présence permanente de témoins qui ne sont pas sous son contrôle autoritaire. C'est ainsi que l'on a craint, aux premières heures de l'affaire de l'Arche de Zoé, que le maître de N'Djamena utilise les membres de cette navrante équipée pour faire pression sur la France afin de reculer, autant qu'il était possible, l'échéance du déploiement de la force à laquelle, on le sait, le président Sarkozy tenait tant !

La France et son président, justement : ils constituent un autre élément de complication dans ce dossier. Pendant longtemps, les partenaires européens de l'Hexagone ont hésité à suivre Paris dans son projet de force européenne de sécurisation de l'Est tchadien parce qu'ils avaient du mal à comprendre l'implication de l'ancienne puissance colonisatrice dans ce dossier africain. Le candidat Nicolas Sarkozy avait certes martelé qu'il réviserait les relations entre la France et les anciennes colonies, mais on voyait bien que le président Sarkozy remettait au mieux, la rupture dans ce domaine à plus tard. Et on ne voyait pas comment la France pouvait à la fois avoir ces relations de soutien militaire au régime tchadien et être impartial dans un dossier où ce dernier est opposé à une tierce partie, notamment le régime soudanais. A présent, la situation est encore pire après l'action d'éclat de la rébellion tchadienne et la prise de position du gouvernement français en faveur du pouvoir en place à N'Djamena. L'alliance des mouvements armés opposés au régime d'Idriss Déby accuse la France d'avoir posé des "actes belliqueux" contre elle, et d'avoir ainsi montré, au grand jour, sa collusion avec le régime dictatorial du Tchad. Elle considère que Paris veut être à la fois juge et partie, ce qui, à ses yeux, est inacceptable.

Comme on le voit, le contexte du déploiement de l'Eufor est un cocktail explosif d'éléments divers, au croisement desquels on retrouve la France. Et si 14 pays européens contribuent pour les 3 700 soldats, on sait que 2 100, parmi ces militaires de l'humanitaire, seront français. L'ambiguïté de la position française, comme on pouvait le prévoir, va nuire à la crédibilité, et donc à l'efficacité de l'Eufor. Cette première difficulté sérieuse est donc de mauvais augure.

On mesure à quel point est déplorable l'incurie des Africains toujours aptes à fomenter des troubles, à provoquer les crises les plus graves, mais incapables d'avoir l'impératif esprit de responsabilité pour y mettre un terme et en gérer au mieux les conséquences.

 

Le Pays du 6 mars 2008



05/03/2008
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