L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

L'Heure     du     Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

Xe sommet de l'UA : Question de survie

Xe sommet de l'UA

Question de survie

 

Très fort, le coup de gueule d'Alpha Omar Konaré du 7 mars 2005. Ce jour-là, le président de la Commission de l'Union africaine remontait  les bretelles  à ces conseillers occultes en col blancs, ou plutôt à ces juristes occidentaux auréolés des apparats de Themis, comme le disait un confrère, qui tripatouillent les constitutions africaines pour aider à scotcher des potentats à leur fauteuil ou pérenniser des dynasties qui ne disent pas leur nom. Ce coup de sang concernait les "débbacheries", (1) c'est-à-dire relatif à Charles Debbach, éminent juriste de l'Université d'Aix-en provence, qui avait "concocté" dans un décor surréaliste (une villa à Lomé)  une constitution à la sauvette pour installer au pouvoir Faure, le fils du défunt président Eyadéma. Alors que le dauphin constitutionnel, le président de l'Assemblée nationale, Fambaré Natchaba Ouattara qui revenait de Paris par vol Air France, a vu son avion dérouté sur Cotonou, où l'intéressé a rongé son frein pendant des jours. En clair, le patron de l'UA condamnait ce coup d'Etat constitutionnel togolais.

Les sorties d'Alpha Omar Konaré sont légion depuis qu'il a pris la tête de la Commission de l'UA en 2003. A l'époque il avait de grandes ambitions pour cette fille de l'OUA, créée en grandes pompes en juillet 2001 à Lusaka, et dotée en 2005 d'institutions inspirées de celles de l'Union européenne. L'ex-chef d'Etat malien voulait que l'Afrique devienne un seul pays, les Etats-Unis d'Afrique, et de façon rapide, il voulait des moyens à la hauteur de ses ambitions, et surtout s'entourer de commissaires très compétents qui l'aideraient à accomplir cette œuvre titanesque.

Il n'aura pas mis longtemps à se désillusionner, car non seulement de nombreux dirigeants n'ont pas joué franc jeu pour l'avènement d'un Exécutif supranational qui remplacerait la présente commission, laquelle, de l'avis de Konaré, ressemble fort étrangement au secrétariat de l'OUA. En outre, la commission a un budget squelettique, et les collaborateurs de Konaré lui ont été à la limite imposés. Las, Alpha Omar Konaré annoncera, à Banjul en juillet 2006, surtout après la découverte de pratiques financières douteuses au sein de l'Organisation, qu'il jettera l'éponge au sommet de juillet 2007 à Accra.

Est-ce à dire que depuis ce fameux 9/9/99 en Libye, où furent dessinés les contours de l'UA, jusqu'à son accouchement en Zambie, les dirigeants n'y croyaient pas trop ? Car si l'UA voulait couper le cordon ombilical avec l'OUA, née dans l'euphorie des indépendances en 1963, elle aurait dû procéder autrement. Or force est de reconnaître que face aux défis anciens (unité de l'Afrique) et récents (conflits et crises), elle fait du surplace, à telle enseigne qu'on en vient à se demander si elle ne connaîtra pas le même sort que ce "machin" qu'était l'OUA.

Car, à observer de près, les sommets de l'UA se suivent et se ressemblent. Lors du 8e, tenu il y a tout juste un an jour pour jour (29 et 30 janvier 2007) à Addis-Abeba, Konaré a reposé sur la table son programme stratégique quadriennal, censé aboutir à "l'intégration politique, économique et socioculturelle" des 53 pays membres. Une feuille de route qui s'apparente à une véritable révolution, puisqu'il s'agit de marquer une césure avec la "fonctionnarisation", qui était l'apanage de l'OUA. En outre, Alpha Omar Konaré réclamait 600 millions de dollars de budget (on lui en a donné 70), et des projets d'intégration africaine rapides.

Il insista aussi à l'époque sur certains aspects de l'Acte constitutif de l'UA, à savoir le respect des principes démocratiques, des droits de l'homme, de l'Etat de droit et de la bonne gouvernance. Et surtout sur la problématique du transfert des compétences  à l'exécutif continental. Mais on oubliait les conflits personnels.

Au 9e sommet, d'Accra en juillet 2007, la déclaration éponyme n'a pas apporté de réponses à toutes ces questions.

Le Xe sommet, qui s'ouvre aujourd'hui même à Addis- Abeba, sera confronté mutatis mutandis aux mêmes problèmes à résoudre en sus des dossiers corsés  du remplacement de Konaré et du brûlot kenyan (Raila Odinga et Mwai Kibaki doivent en principe être à ce sommet, même s'ils ne trôneront pas à côté des chefs d'Etat), qui s'ajoute à celui du Darfour, où de pauvres hères sont massacrés chaque jour par des cavaliers arabes, les tristement célèbres Djewdjawid.

Le présent raout des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UA s'avère celui de la "dernière chance", car il faut sauver "le soldat UA".

De ce fait, l'audit commandité par l'UA et fait par "un panel de haut niveau" devra être un référentiel pour ce Xe rendez-vous. Certes, le thème officiel est "Le développement industriel de l'Afrique", mais comment parler d'industrialisation quand l'UA est elle-même souffrante ?

Les 172 recommandations de cet audit ainsi que les observations de la commission, annexées à cet audit, s'avèrent le remède à une pathologie connue : en médecine, on appelle cela un beau tableau clinique, qui signifie que tous les symptômes du mal sont répertoriés, ce qui permet d'établir un diagnostic imparable.

En clair, il faudra résoudre d'abord les problèmes "de chevauchements dans les portefeuilles, des lignes d'autorité et de responsabilité peu claires et des objectifs mal définis", comme le mentionne l'audit en question.

Autre pomme de discorde à surmonter : les prérogatives du vice-président de la commission concernant l'administration des finances. A ce sujet, l'équipe d'Alpha Omar Konaré avait affirmé qu'il était "impératif que l'élection du vice-président ne soit pas associée à l'attribution, à lui, du portefeuille Administration et Finances".

Derrière cette exigence, il y a en toile de fond les conflits d'autorité entre Alpha Omar Konaré et son adjoint, Patrik Mazimaka. Et ces guéguerres ont pris des tournures regrettables avec des attaques ad hominem au vitriol via Internet et des lettres anonymes.

L'audit est également limpide sur les rapports  hiérarchiques entre le président de la commission et les commissaires : "L'on ne saurait prétendre que les commissaires, parce qu'ils sont élus par la conférence, ne seraient pas responsables devant le président en sa capacité d'administrateur en chef de la commission".

A l'évidence, ce Xe sommet joue gros, car au-delà du remplacement ou de la reconduction d'Alpha Konaré, il s'agira de "recamper" le rôle originel de l'UA. Et l'apaisement de la poudrière kenyane, à quelques milliers de km de l'Ethiopie, est un défi urgent à relever, d'autant plus que les tentatives de solutionnement illustrent la cacophonie qui règne au sein de l'organisation panafricaine : Alpha Omar Konaré n'a jamais été informé ni associé aux médiations des missi dominici que le Ghanéen John Kuffuor, président en exercice de l'UA, a dépêchés à Naïrobi, ce qui fait que le Malien a martelé encore "on parle de génocide, bon sang !".

Alors au plus tard demain 1er février 2008 ou après demain 2 février, que le nouvel élu soit la Zambienne Inonge Mbikusita-Lewanika, le Gabonais Jean-Ping (l'actuel favori), le Sierra léonais Abdulai Osmam Conteh ou le Swazilandais Barnabas Sibusiso Dlamini, il lui faudra avoir les coudées franches et les moyens pour éviter à l'UA de se muer en "supermachin" sclérosé. C'est une question de survie.

Et si, comme on le susurre, Konaré revient sur sa parole et rempile, on sait déjà ce qu'il veut. Mais lui aussi devra policer son discours, professoral et donneur de leçons démocratiques aux chefs d'Etat, qui le lui rendent bien en... ne lui facilitant pas la tâche.

 

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

L'Observateur Paalga du 31 janvier 2008

 

Note :

 

(1) "Debbacheries" : expression employée par l'AFP du 4 septembre 2005. Charles Debbach, ex-doyen de la Faculté de sciences juridiques d'Aix en province, a été conseiller de feu Eyadéma et  est actuellement celui de Faure.

 



30/01/2008
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 998 autres membres